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Autorité dans les institutions Version imprimable Suggérer par mail


« Qu’est-ce qui fait autorité dans les institutions médico-sociales ? Autorités, pouvoirs, décisions, responsabilités »
Vander Borght Christine et Meynckens-Fourez Muriel (sous la direction de), Ed. érès, 2012, 148 p.

Diriger ou encadrer ne relève plus de l’évidence. Les modalités de gouvernance possible, au sein des institutions médicosociales, se répartissent en une multiplicité de formes se situant entre une horizontalité absolue et une verticalité intransigeante, entre la phobie à se positionner et l’abus de pouvoir, en passant par la danse du « un pas en avant, deux pas en arrière ». L’ouvrage collectif proposé ici présente toute une typologie de ces modèles. On y retrouve ainsi, ces structures dites « fortes », dans lesquelles le pouvoir et l’autorité sont incarnés par des personnalités charismatiques prenant leurs décisions, sans solliciter l’aval ni de leurs collaborateurs, ni de leurs salariés. A l’extrême inverse, dans les structures dites « molles », l’autorité est nulle part et le pouvoir partout, les décisions tardant toujours à être prises, par recherche d’un consensus parfois introuvable. Quant aux structures dites « participatives », elles fonctionnent avec un pouvoir et une autorité très ouverts et partagés, le processus de décision s’effectuant dans une coopération associant l’ensemble des personnels. L’émergence de cette typologie s’est réalisée dans la foulée d’une modernité qui a mis fin aux figures et aux fonctions qui s’imposaient, jusque là, d’elles-mêmes, tant elles étaient perçues comme naturelles. Elles ont disparu du paysage symbolique de notre époque, bousculées par des notions tels l’autonomie, l’égalité ou les droits de l’homme. L’allégorie de l’immanence théologico-religieuse, cette instance supérieure la légitimant par essence a laissé la place à une autre fiction, celle de l’autonomie d’un individu auto-engendré, incapable d’attribuer ce qui se passe à un autre niveau que lui-même et persuadé de ne relever d’aucun collectif lui préexistant. Si l’ancien paradigme faisait le lit d’une dirigeance totalitaire, le nouveau n’est pas exempt d’effets pervers. Quand toute hiérarchie a été balayée, c’est parfois celui qui s’impose qui fait autorité : par son bagout, par sa personnalité ou par sa voix la plus forte. Autre dérive possible liée à la volonté d’établir une relation de stricte égalité, toute complémentarité peut être vécue comme une tentative d’emprise, l’estompage de la différence de place asymétrique ou de l’altérité étant alors assimilé à un abus de pouvoir. Entre une transcendance source de tyrannie et la disparition du tiers instituant réduisant le collectif à un assemblage de singularités, assumer la modernité, c’est reconnaître que la légitimité ne peut plus se fonder que sur elle-même, devant se justifier et se mériter, en passant par la négociation ou la contractualisation.

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1123 ■ 24/10/2013

 

 
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