bannire_jack_drte.jpg
Accueil arrow Reportages arrow En Bretagne arrow DAPE - Landerneau (29)
DAPE - Landerneau (29) Version imprimable Suggérer par mail


DAPE
« Partir de là où en sont les jeunes »


Plutôt que de vouloir faire entrer de force des jeunes rétifs dans les services qui leur sont destinés, pourquoi ne pas adapter ces mêmes services à leurs besoins? C’est ce que propose le Dispositif d’Adaptation des Parcours éducatifs, dans le Nord Finistère


La prise en charge des adolescents difficiles, l’association Don Bosco la connaît. Composée de huit établissements dans le nord Finistère, elle s’est taillée la réputation de posséder un certain savoir-faire, face à ce type de population. Ainsi, Clémence, vivant dans la rue depuis ses dix ans, qui ne tient nulle part, errant et rebelle à tout accueil. Inquiétant : elle est enceinte. Le dispositif qui est alors élaboré pour elle prévoit une prise en charge par plusieurs partenaires qui va pouvoir la stabiliser, durant trois ans. Mais, l’équilibre reste fragile, relevant plus du bricolage. Quand l’ONED propose, en 2008, une journée consacrée aux incasables, ils sont cinq éducateurs à monter sur Paris pour y assister. L’année suivante, chaque foyer enverra un travailleurs social à la « Recherche Action », menée par la structure de formation Transition et regroupant sur deux ans une centaine de professionnels, en provenance des quatre départements bretons. Pourquoi ces jeunes attaquent-ils les liens relationnels ? Comment réussir, malgré tout, à préserver les relations mises à mal ?
Face aux jeunes « incasables », l’alternative est soit de s’adapter à leurs difficultés, soit de les rejeter. L’association Don Bosco a pris la décision de s’ajuster à ces jeunes qui défient la protection de l’enfance. Forte des montages expérimentaux élaborés pour Clémence et nourrie par la réflexion théorique à laquelle elle a participé, elle élabore alors un projet ambitieux qui conjugue à la fois l’informel, le séquentiel et le singulier.


Le dispositif imaginé

Informel, parce que le lieu d’accueil du jeune ne sera pas fixe. Ce pourra être chez ses parents ou dans sa famille élargie, dans un gîte ou une famille d’accueil, chez un particulier ou dans un squat. L’important est que le mineur soit hébergé quelque part. Séquentiel ensuite, parce que ce qui sera recherché, ce ne sera pas d’emblée la stabilisation en un lieu identifié. Si celle-ci survient, ce n’est que mieux. Mais, étant donnée la problématique de ces jeunes, leur nomadisme est un facteur avec lequel il faut travailler, comme une constante potentielle. Le principe de base, c’est qu’on ne sait jamais où ils peuvent se trouver. Le singulier ensuite, car le dispositif qui est imaginé est unique et à chaque fois différent pour chaque mineur. Au final, il s’agit bien d’une logique où c’est l’institution qui s’adapte au rythme et au fonctionnement du jeune et non le contraire. En adoptant une posture tout en souplesse et en réactivité, voilà un projet qui entend transformer des « incasables » ingérables en adolescents bénéficiant d’un accompagnement certes atypique et hors normes, mais adapté à leur problématique. L’idée de proposer à chacun des sept foyers de l’association d’intégrer un suivi de ce type a été assez vite abandonnée. Délicat à mettre en place, ce fonctionnement en porte à faux avec la tradition des accueils rééducatif semblait complexe à articuler avec les équipes déjà en place. Le choix a donc été fait de constituer un service autonome : le Dispositif d’Adaptation des Parcours Éducatifs (DAPE) composé de quatre professionnels volontaires (deux à mi-temps et deux à temps plein) et encadré par un chef de service, lui aussi à mi-temps.


Le soutien du Conseil général du Finistère

Confronté, chaque année, à une quarantaine de ces jeunes opposant une forte résistance à toute idée de placement en grande difficulté (sur 1.800 mineurs accueillis), le Conseil général du Finistère se montra intéressé par l’idée. Il commença par valider l’expérience pour un an, de septembre 2012 à septembre 2013. La collectivité locale, déjà connue pour son soutien à deux séjours de rupture domiciliés sur ses terres, accepta d’assumer la responsabilité, conjointement avec Don Bosco, d’un placement sans lieu d’accueil défini. Devant le succès de l’opération, elle devrait pérenniser le service, signant un Contrat Pluriannuels d'Objectif et de Moyens sur cinq ans, avec l’association. Il faut dire qu’en un an, seuls quatre jeunes sont venus de Don Bosco. Les vingt cinq autres ont été adressés par l’Aide Sociale à l’Enfance, permettant de mesurer toute la pertinence de cette réponse à un besoin départemental. C’est ce même Conseil général qui imposa une période de suivi de trois mois non renouvelable, mais prolongeable une fois. On peut s’étonner d’un délai aussi court. Mais, l’équipe du DAPE n’y est pas hostile, considérant même cette courte temporalité comme plutôt incitative à l’intensification de son action. La souplesse du dispositif permettrait, de toute façon, d’adapter les délais, si cela s’avérait nécessaire. De fait, la durée moyenne de prise en charge est de quatre vingt sept jours. Mais que peut don offrir le DAPE à Erwan qui, après avoir mis en échec deux foyers et une famille d’accueil, reste chez sa mère, au fond de son lit, toute la journée et sort la nuit, en multipliant les actes de délinquance? Ou à Muriel exclue de son foyer, en raison de ses attitudes provocatrices, de son opposition violente aux adultes, de son refus de toute forme de règles et du caractère « contagieux » de ses comportements ?


DAPE : mode d’emploi

L’un des premiers actes posés par l’équipe auprès de tout nouveau jeune admis dans le service consiste à lui remettre un téléphone portable. Bien sûr, il y a des appareils qui sont perdus ou… revendus. Mais, pour l’essentiel, les jeunes prennent soin d’un outil de communication qui constitue le cordon ombilical le reliant, à tous moments et où qu’il soit, à leurs éducateurs. Chaque jeune est en contact avec deux référents du DAPE qui se relaient, afin d’éviter toute carence de présence à ses côtés. Car, leur disponibilité est essentielle. « Nous sommes tout le temps à courir après les jeunes », explique avec humour Anne-Marie Saillard, éducatrice spécialisée, « l’intervention colle vraiment à leur rythme. Massive quand cela est nécessaire, moins lourde quand la sollicitation se fait moins insistante ». L’un des principes de fonctionnement du SAPE est bien de maintenir le lien avec l’adolescent et de lui démontrer que l’adulte peut être fiable. « C’est cette inconditionnalité de notre présence qui rend efficace notre action, quand l’ado constate que nous sommes là et répondons à sa demande » confirme sa collègue, Monique Legarignon, elle aussi éducatrice spécialisée : « c’est à partir non de ce que nous souhaiterions, mais de l’existant que le travail s’engage ». La relation avec les parents change, elle aussi, en comparaison avec ce qui peut se jouer dans un internat classique. La famille et le dispositif d’accueil étant mis en échec par le jeune, aucun des deux ne peut se vanter de réussir mieux que l’autre. La collaboration s’en trouve facilitée.


Nécessité du réseau

Être présent auprès du jeune pour l’accompagner dans ses démarches, construire avec lui des projets de formation, lui trouver un stage, lui proposer des activités de loisirs... n’est-ce pas la fonction d’un éducateur d’AEMO ? Il lui est difficile de l’assurer, quand il a trente cinq suivis à assurer. Les huit prises en charge pour trois équivalents temps plein permettent d’être disponibles, deux à trois fois par semaine et plus si nécessaire. Mais, ce qui est différent d’une aide éducative classique, c’est le caractère en apparence désespérée de situations de jeunes qui affirment tout refuser. Seul le DAPE n’y arriverait sans doute pas. Jean-Noël Stephan, son chef de service l’affirme avec force: « nous ne pouvons réussir à avancer, qu’en nous appuyant sur un maillage de nombreux partenaires ». Et de citer les sept foyers de l’association, pouvant être sollicités pour la place d’accueil toujours disponible mise à disposition. Ou le centre d’activité à la journée de la « Boîte à clous » qui peut tout autant être sollicité. Ou encore RIBINAD, organisateur de séjour de rupture situé dans le Finistère, proposant des périodes dites « d’apaisement » de dix jours qu’utilise le DAPE. Mais aussi les accueils « Bienvenue à la ferme » permettant des hébergements ponctuels etc… C’est un authentique réseau qui a ainsi été constitué auquel pourraient s’adjoindre, bientôt, des familles de parrainage. « Nous avons pensé ce nouveau service, comme un laboratoire de nouvelles pratiques », explique Jean-Yves Kersalé, directeur de l’Unité éducative de Landerneau à laquelle est rattachée le DAPE, qui confirme quatre à cinq échecs d’accompagnement sur les trente neuf jeunes suivis sur un an.

Contact : 22 rue Romain Desfossés 29800 Landerneau. Tel.: 02 98 85 01 14
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir


Lire l’article : Bas seuil : protection de l’enfance
Lire le reportage : AJD - Caluire (69)
Lire le reportage : DAUME - St Sébastien sur Loire (44)

 

Jacques Trémintin - LIEN SOCIAL ■ n°1141 ■ 15/05/2014

 
Suivant >
© 2018 www.tremintin.com
Joomla! est un logiciel libre distribué sous licence GNU/GPL.