La délinquance des jeunes. Les profils, las causes, les évolutions
« La délinquance des
jeunes. Les profils, las causes, les évolutions »
TOURNYOL DU CLOS Lorraine et
Sébastien, L’Harmattan, 2007, 255 p.
On a pu expliquer la délinquance juvénile par l’hérédité, le
biologique ou encore par la tentation situationnelle (trop grande accessibilité
des cibles potentielles). Mais il est deux théories qui s’affrontent tout
particulièrement. La première invoque la seule responsabilité de l’adolescent
qui ferait un choix rationnel, inspiré par les gains matériels potentiels qu’il
peut tirer de l’infraction commise. Il suffirait donc de le menacer de
sanctions suffisamment dissuasives pour qu’il s’abstienne. La seconde théorie
considère que la délinquance est fille de la pauvreté, de l’exclusion et de la
défaillance des institutions. La société qu’elle considère donc comme
responsable des passages à l’acte des mineurs doit se mobiliser pour réduire
les inégalités. Lorraine et Sébastien Tournyol du Clos refusent de s’enfermer dans
une approche qui se voudrait uni factorielle et revendiquent une démarche
intégrative qui combine toutes les pistes de travail existantes. S’ils
rejettent les caricatures de la totale déresponsabilisation du sujet, ce n’est
pas pour accepter de se focaliser sur sa seule responsabilité. Ils proposent de
croiser les différents facteurs potentiels (psychologiques, socio-économiques,
familiaux, scolaires, institutionnels) avec une démarche économique. L’étude
qu’ils réalisent leur permet d’identifier quatre causes statistiquement
représentatives de la délinquance juvénile. Avec, comme éléments incitatifs,
l’appartenance à une famille nombreuse (moindre contrôle parental et plus
grande dispersion pour bénéficier d’une affection par nature plus dispersée) et
la proximité avec un milieu préalablement transgressif (effet d’entraînement
direct). Parmi les deux autres éléments plutôt dissuasifs, on compte la
présence policière (qui détourne plus facilement de la tentation) et … la
grande pauvreté (qui incite à se centrer sur la seule survie et marginalise y
compris par rapport à la délinquance). Ils classent les infractions dans trois
catégories : initiatiques dans 30 à 35 % des cas (dimension courante à
l’adolescence et donc passagère), d’exclusion dans 40 à 45 % (il s’agit alors
d’une appropriation de biens difficilement accessibles) et enfin pathologiques
pour 25 % (exprimant une profonde souffrance affective et psychologique).
Refusant l’opposition entre les analyses qualitatives et celles qui relèvent du
quantitatif, les auteurs en appellent à utiliser les recherches chiffrées sur
les occurrences et les fréquences des différents comportements corrélés aux
multiples circonstances possibles. Car, si les déviances sont théoriquement
inévitables et juridiquement variables, elles doivent pouvoir être mesurées et
ainsi permettre de cibler et de hiérarchiser les solutions éducatives,
préventives et environnementales les plus efficaces.
Jacques
Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°905 ■ 13/11/2008