18 novembre
1992 : départ de la 5ème édition de la Transat des Alizés
Casablanca/ Pointe à Pitre. Parmi les concurrents, un équipage pas tout à fait
comme les autres. A bord du Terre ferme, huit équipiers : un
skipper, un marin confirmé, un éducateur, une psychomotricienne… et quatre
travailleurs handicapés du C.A.T. de la ferme de Magné. Lien Social
couvre l’événement et en fait la une de son numéro 190.
Le
début d’une longue série
Pour un coup
d’essai ce fut un coup de maître. Sur leur lancée l’équipe éducative et les
résidants ne voulurent pas en rester là : course de l’EDHEC, Ports
vendéens, régates de Royan, SPI Ouest-France… c’est pas moins de 13 épreuves
auxquels ils participent entre 1992 et 1997. En 1996, ils organisent en
collaboration avec l’espace nautique de Royan le premier championnat de France
de voile. Près de 150 adultes handicapés en provenance des quatre coins du pays
affluent vers l’embouchure de la Gironde. Leur sont alors proposés mini
compétitions et randonnées nautiques de découverte à bord de bateaux mis
gracieusement à disposition par des propriétaires du port de plaisance.
Emerveillement face à la découverte de la mer pour les uns, enrichissement
humain pour les autres : quand il s’agit de renouveler l’opération en
1997, les propriétaires de bateau sont à nouveau sur le pont, enthousiastes et
heureux de pouvoir faire partager leur passion à un public à la fois ébloui et
ravi. Mais, cette fois-ci, le retentissement dépassa les frontières nationales.
Trois associations étrangères en provenance respectivement de Bruxelles,
Barcelone et Porto participent à ce qui portera alors le nom du Premier Open
Européen de Voile. L’année 1998 est l’occasion d’une pause dans ces rencontres
dont l’organisation nécessite beaucoup d’énergie.
En
avant vers de nouvelles aventures
La ferme du Magné
et l’Espace Nautique ont en effet décidé de tendre leurs efforts vers une autre
aventure encore plus extraordinaire : la participation à la transat AG2R.
Cette épreuve est la dernière née des courses transatlantiques. Elle se mène en
double et est fréquentée par les plus hautes pointures tels les frères Poupon,
Florence Arthaud, Alain Gautier ou encore Serge Madec. Le parcours débute à
Lorient, fait escale à Madère pour se terminer à Saint Barthélémy en
Guadeloupe. Les sponsors sont sollicités, les financement trouvés : une
campagne de vente de 5.000 tee-shirts est lancée. Reste à constituer
l’équipage : le skipper sera Alex Peraud. Assurant à titre professionnel
les convoyages et des sorties en mer, il a déjà traversé cinq fois
l’Atlantique. C’est à l’Open Européen qu’il a fait la connaissance de l’équipe
de la ferme de Magné. Il faisait partie de ceux qui ont mis gracieusement leur
bateau à disposition. C’est tout naturellement qu’il a accepté de mener la
Transat AG2R. Le second acteur de la course n’est autre que William Kostyra que
nous avions rencontré à bord du Terre ferme à la veille de la croisière
des Alizés en 1992. Toujours aussi passionné par la voile (il n’a pas raté une
seule participation à l’impressionnant palmarès de la ferme de Magné), il est
devenu ouvrier d’entretien à l’Espace Nautique de Royan en contrat CES, après
avoir été employé au CAT pendant de nombreuses années. Son intérêt pour la mer,
il l’a découvert à l’occasion de sorties-promenade et parties de pêche
proposées par l’institution.
Une
opération de longue haleine
Alex et William
s’entraînent chaque semaine depuis quelques mois sur le monotype
Figareau-Beneteau qui servira pour la course. Ils ont appris à se faire
confiance et à coordonner leurs efforts. Fin octobre 1997, ils ont remporté
avec succès le trajet de qualification de 800 milles marins de la Transat. Ils
ont essuyé le froid, la tempête et le calme de la Corogne, de quoi bien se
connaître et vivre de ces moments intenses qui soudent une équipe. Le voyage va
être long, avec notamment la traversée durant 15 jours de l’océan atlantique.
Il va falloir vivre la solitude et la cohabitation sur quelques mètres carrés
dans des conditions de confort des plus spartiates. Le bateau est allégé au
maximum, les réserves d’eau limitées au strict nécessaire. Tout à bord est
tendu vers la réussite de l’exploit. Il n’y a pas de doute, dans ce type de
challenge c’est le métier qui va parler, c’est la technicité qui va faire
gagner. Face aux grosses écuries en compétition, il est difficile d’envisager
de l’emporter. Pour autant, il n’est pas question de faire simplement acte de
présence. L’équipage qui part est bien décidé de finir à la meilleure place.
Mais si Alex souhaite réunir toutes les conditions de succès, ce ne sera pas au
détriment de la sécurité : “ je préfère mettre plus de temps pour
accomplir une manœuvre que de prendre le risque de l’accident ”
explique-t-il. La sérénité et l’assurance qui émanent de ces deux hommes est
impressionnante au regard du défi qui apparaît au profane pour le moins
inquiétant : affronter un océan de près de 92 millions de km² à bord de ce
qui peut être considéré comme une coque de noix.
Bonne
route !
Quand le vendredi
17 avril 1998, la Ferme de Magné quittera le quai de Lorient, nous
penserons très fort à ces deux aventuriers du sport de haut niveau dont l’un
bénéficie d’une orientation COTOREP et qui s’apprêtent à franchir 3725 milles.
Arrivée escomptée : la mi-Mai.
Bon vent à cet
équipage qui, en se confrontant ainsi aux meilleurs, porte en lui la
démonstration de ce que les adultes handicapés et les équipes éducatives qui
les accompagnent peuvent aussi arriver à faire.