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Handiclap : de l’intégration par la culture

 

 

Comment utiliser la culture pour favoriser l’insertion des personnes porteuses de handicap ?

Beaucoup s’y sont essayés avec succès. L’exemple du festival Handiclap proposé par l’APAJH 44 en est uNe nouvelle illustration réuSsie.

 

Créée en 1962, l’APAJH s’est surtout fait connaître, pendant ses 40 années d’existence, comme une puissante fédération agissant activement pour l’intégration des enfants, des jeunes et des adultes porteurs de handicap. Elle regroupe aujourd’hui 520 établissements au sein de 91 associations départementales. Au sein de cette importante organisation, 13.850 salariés travaillent auprès de 23.840 usagers. Parcours sans faute ? Une ombre est venue entacher ce tableau, quand a éclaté le scandale des disparues de l’Yonne. L’association départementale très vite désapprouvée, puis exclue de la fédération, est apparue largement compromise dans des pratiques plus que douteuses. Comme trop souvent, dans ces cas-là, les fourberies de quelques uns ont eu tendance à discréditer l’action engagée à bas bruit, mais avec efficacité par des centaines d’équipes qui apportent chaque jour les moyens aux personnes handicapées de mieux trouver leur place dans la société. Illustration de ce travail de fourmi qui porte ses fruits sans que l’écho n’en soit toujours donné, le festival Handiclap proposé depuis 16 ans à Nantes par l’APAJH de Loire Atlantique.

 

 

Un festival pas comme les autres

 

C’est en 1986 que l’association départementale décide de créer un événement culturel dont l’objectif est de sensibiliser le public à la question du handicap mais aussi de mélanger les personnes qui en sont porteuses et celles qui ne le sont pas dans un même plaisir du partage d’un spectacle artistique. C’est ainsi que naît le festival Handiclap qui propose la première année la projection de cinq films. Il ne s’agit pas alors toujours d’œuvres cinématographiques traitant forcément du thème du handicap, mais de séances ouvertes qui mêlent tout type de spectateurs, leur proposant à l’issue de la projection un débat. L’association, forte de ses 400 adhérents, réussit à drainer suffisamment d’audience pour s’installer progressivement dans le paysage culturel nantais. Au bout de quelques années, le besoin se fait sentir de renouveler le festival. L’association décide alors d’ouvrir à d’autres manifestations artistiques. A partir de 1991, les établissements répartis sur le département vont s’associer plus étroitement à la manifestation, en préparant directement une soirée qui met en scène une œuvre préparée par les équipes éducatives et les usagers. Il ne s’agit pas là de donner dans le style kermesse où on se contenterait de faire monter sur scène les enfants ou les jeunes devant le regard attendri de la maman et le caméscope du papa. Il y a une authentique exigence d’excellence qui ne se contente pas d’un quelconque amateurisme. On ne fait pas les choses à moitié. Quand on veut monter un spectacle de danse ou de théâtre, on recrute un professionnel qui vient sur une longue période animer un atelier auprès des usagers et les préparer à la représentation finale. Si Handiclap n’a pas la prétention de rivaliser avec les autres festivals, il n’est pas question de se contenter d’un à peu près. Ainsi, lorsque l’idée surgit de faire entrer la photographie dans le panel, l’association recrute un photographe professionnel et organise un voyage aux Etats Unis. Cela débouchera sur une exposition et un livre (1) : Nantes - New York à travers ce que les deux villes ont de commun, leur port. Bien sûr, de telles opérations peuvent difficilement être reproduites très souvent, les investissements nécessaires n’étant pas toujours faciles à obtenir. Mais, que ce soit sous cette forme ou sous une autre, ce qui est avant tout recherché c’est la qualité. Les expositions de peinture ou de sculpture qui sont proposées régulièrement ne retiennent pas comme premier critère, le handicap de son auteur. Une commission accepte ou rejette l’œuvre candidate à partir de sa valeur intrinsèque. Quand Yoshiko Murakami, artiste japonaise, présenta, il y a de cela quelques années, une expo de photos qu’elle avait réalisées sur le thème du quotidien du handicap, chaque cliché était accompagné d’un commentaire en braille portant sur ce qu’elle avait ressenti au moment de la prise de vue. Un tel travail pouvait tout à fait trouver sa place dans d’autres endroits qu’à Handiclap. Michel Petrucciani, il y a quelques années, Patrick Massiah dans une pièce mettant en scène un récit d’Howard Butten, l’an passé, le choix est fait parfois aussi d’acheter un spectacle de qualité et de le proposer au plaisir partagé d’un public où se retrouveront familles adhérentes, personnes handicapées et spectateurs n’ayant que peu l’occasion de fréquenter le handicap.

 

 

Se spécialiser ou se diversifier ?

 

Se pose inévitablement au festival Handiclap la tentation d’accroître toujours plus le niveau de ses exigences, au risque de perdre son âme. Tel n’a pas été son choix. Sans pour autant rabaisser ses objectifs de qualité, il a adopté une toute autre direction : celle de la dissémination : l’ouverture à toujours plus de disciplines et à un impact territorial toujours plus large. Le nombre des communes concernées par Handiclap s’est accru. Huit municipalités du département sont devenues partenaires. Quant à la diversification des actions engagées, elle n’a guère faibli. Si la labellisation de toute manifestation désirant se rattacher au festival reste du ressort de l’association, les initiatives sont les bienvenues. Ainsi lorsque la directrice d’une bibliothèque municipale d’une commune périphérique propose de consacrer l’heure du conte qu’elle assure chaque mercredi à la lecture de livres sur le handicap, sa proposition est-elle accueillie avec enthousiasme. Lorsque les trois musées municipaux de la ville s’offrent à renforcer, le temps du festival, leurs équipes d’animation pour  présenter leur exposition aux groupes de personnes porteuses de handicap, le projet est tout de suite intégré au programme. Lorsque l’association Corto-Loisirs imagine un parcours de découverte du patrimoine à travers la ville, en utilisant comme support une énigme policière ou une course au trésor, sa suggestion est là aussi acceptée facilement. Organiser dans les douves du Château d’Anne de Bretagne (lieu historique et symbolique s’il en est) une démonstration d tire à l’arc, suivie d’une initiation et d’un concours de la meilleure flèche ? La conservatrice du musée et son équipe ont accepté tout de suite. Six pas de tir seront donc animés par Elan Sport Adapté et Handi sport. S’il y a quelques années des places de marché avaient été proposées aux CAT qui désiraient présenter leurs différentes productions, pourquoi ne pas imaginer à l’avenir des dégustations de vin ou des défilés de mode ? La palette des manifestations n’est pas destinée à se réduire mais au contraire à s’étendre. Le partenariat est lui aussi largement ouvert. Pour l’édition 2003, un projet fou a été élaboré : une randonnée cycliste qui relierait la région parisienne à Nantes à laquelle se joindraient des usagers de l’Apajh de Loire Atlantique. L’organisateur en est un IMPRO de l’ADAPEI basé au Perreux. Rêve encore plus fou ? Couvrir les étapes de cette aventure par un reportage télévisé qui serait diffusé chaque soir non seulement sur les sites Internet des différents établissements, mais au début de chaque manifestation du festival. Mais là, il manque juste ... 23.000 € pour la réalisation de ce projet. Mais la collaboration va au-delà du seul secteur médico-social. Ainsi, une soirée consacrée à un forum des métiers est organisée depuis quelques années déjà. De nombreuses entreprises sont présentes (EDF-GFD, Elf, Honeywell Bull ...), ainsi que les trois fonctions publiques. Il s’agit à cette occasion de favoriser la rencontre entre les jeunes porteurs de handicap qui viennent d’obtenir leurs diplômes universitaires et d’éventuels employeurs. Bien entendu une traduction simultanée en langue des signes est assurée. Mais, le festival Handiclap, pour s’être éloigné de la seule présentation cinématographique, n’en a pas renoncé pour autant au cinquième art. L’édition 2003 proposera une séance d’Harry Potter ouverte aux non-voyants, le système audio vision leur permettant, grâce à un casque à infrarouge de se faire décrire les costumes, les lumières, les mouvements et les expressions corporelles du film projeté.

 

 

Ainsi chaque année, entre 1.500 et 2.000 personnes ont pris l’habitude de fréquenter ce festival atypique qui est devenu un moment incontournable du paysage culturel nantais. La ville ne s’y est pas trompée qui apporte aux côtés du conseil régional et du conseil général, les subventions nécessaires pour boucler un budget qui s’élève à 60.000 €. En 16 années d’existence l’Apajh de Loire Atlantique a su renouveler les formes des manifestations, mais elle a gardé le même cap : quelle que soit sa situation physique ou mentale, on a le droit d’assister à un spectacle ou de s’y produire.

 

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°656 ■ 06/03/2003

 

 

16ème festival Handiclap du 12 au 22 mars 2003 - Contact et renseignements : APAJH 12 rue de Clermont 44000 Nantes Tél. : 02 40 14 04 71

(1)   « Nantes- parcours photographique - New York »  Ponctuation éditeur, 1996, 139p.

 

 

L’APAJH

L’association de Loire Atlantique a 34 ans d’ancienneté. Créée par des parents d’enfants porteurs de handicap et des enseignants, elle prend en charge 500 enfants, adolescents et adultes et emploie 330 salariés. Les 13 services et établissements qu’elle gère, sont orientés vers le handicap mental, la déficience visuelle, la déficience auditive et le handicap moteur. Ecoles spécialisées, services de soins à domicile permettant l’intégration scolaire, hébergement pour collégiens (internat et familles d’accueil) sont plus tournés vers les enfants et les jeunes, une MAS accueillant des adultes lourdement handicapés.

 

 
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