A l’ouest : du nouveau ?

La mobilisation des professionnels de l’ASE du Maine et Loire aurait-elle fini par payer ? Prudence ! Une choser est sûre : le mur du cynisme et du déni a en tout cas commencé à s’ébranler. « J'ai compris l'ampleur de leur mal-être », affirme Philippe Gilet, Président du Conseil départemental. Après les avoir écoutés, il a décidé d’une « coconstruction d’un plan d’actions destiné à rendre plus fluide encore l’accueil des enfants confiés ; des ajustements ciblés, ponctuels, en prise avec les besoins du terrain […] ; et améliorer la coordination des prises en charge partagées, en favorisant la synergie et le dialogue avec les autres partenaires impliqués. »

Dans l’interview qu’il a accordé à la radio RCF, il se défend de sa bonne foi : il aurait aimé être informé ! On ne peut qu’être stupéfait d’une telle affirmation : ainsi le Président d’une telle collectivité pourrait ignorer ce que n’ont cessé de hurler ses agents depuis des années ?

De deux choses l’une.

Soit l’on a à faire à une manœuvre politicienne à l’approche des élections cantonales du mois de juin, pour ne pas faire fuir les votes. Loin de nous, bien entendu, un tel procès d’intention.

Soit il y a un vrai blocage entre la direction de cette administration et les élus qui sont sensés la diriger. Il y aurait donc une filtration des informations à la manière de ces célèbres façades en carton-pâte érigées par le ministre russe Grigori Potemkine, lors de la visite en 1787 de l’impératrice Catherine 2, afin de masquer la pauvreté des villages ? Ainsi, rien ne serait remonté à Philippe Gilet. Même pas la célèbre chanson d’avant-guerre : « Tout va bien Madame la Marquise, tout bien, tout va très bien » ? Que c’est ballot, quand même. Mais, à présent qu’il est « au courant », gageons que tout va s’arranger !

Juste une petite précision, Philippe Gilet n’a-t-il pas non plus été informé de la décision de mettre un terme à toutes les conventions liant son département aux associations locales gérant des maisons d’enfants à caractère social, depuis des décennies ? Un appel à projet s’en était suivi, auquel de grosses associations nationales, rompues à cette procédure, avaient répondu et emporté le marché.

Le résultat ne s’était pas fait attendre. Dans son rapport rendu en novembre 2020, la Cour régionale des comptes n’avait pu que le constater : « la stabilité requise dans le parcours des jeunes a été victime de la reconfiguration de l’offre d’accueil qui a eu des effets extrêmement perturbateurs sur la prise en charge des mineurs confiés en générant des souffrances et des ruptures de tous ordres dans leur vie. » Conséquence logique, quand on traite des êtres humains comme de vulgaires marchandises, objet de la concurrence sur un marché ouvert aux candidats à les gérer.

Chacun appréciera …

Christian Gillet déplore, dans son interview, que ce qui relève d’une affaire interne ait été transmis à la presse. Le message qu’il nous adresse est clair et limpide : partout en France il faut faire connaître l’état de décrépitude de la protection de l’enfance que les Conseils généraux veulent surtout ne pas rendre publique. La voie à suivre, c’est donc bien de contacter les media, de témoigner auprès des journalistes, de rompre avec l’omerta qui étouffe les enfants victimes de la maltraitance institutionnelle.

 

Jacques Trémintin

 

https://rcf.fr/actualite/actualite-locale/protection-de-l-enfance-j-ai-compris-l-ampleur-de-leur-mal-etre-christian