Tout va bien dans le meilleur des mondes?
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dans Carte blanche à
Carte blanche à Ludwig
Tout va bien dans le meilleur des mondes ?
Juin 2026. Il y a des matins où tu te réveilles l’esprit aiguisé comme une lame, où tu as envie de tout dégommer. Des matins où tu es comme Renaud, tu retrouves ton flingue et attention, parfois ça déglingue, ça à l’air d’être un carnage si ce n’est le grand ménage. Alors, allons-y pour un grand bazar de sautes d’humeurs. Comme le gasoil est redescendu sous les 2€, les Français sont contents. J'espère que vous êtes prêt. Je dégaine.
La surpopulation carcérale explose. Au 1er avril, les prisons françaises abritaient 88.145 détenus, un nouveau record, et ce n’est pas un poisson. Dernièrement, les températures atteignaient 50° dans les cellules. Les agents pénitentiaires sont en grève, pour protester contre le manque de moyens. La dignité humaine de nos enfermés en prend un coup. Mais, « ils n'avaient qu'à pas faire de conneries » entend-on au café du commerce, « ils l'ont bien cherché ». « On ne va quand même pas les plaindre vu qu’ils se font livrer des piscines par drone ». Mais le monde s'en fout. Dehors, il fait chaud, commentent les journaux, les Français mangent des glaces.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
Les morts de la rue se comptent par centaines : 960 décès comptabilisés en 2025. Parce que vivre à la rue tue. Vivre à la rue provoque des morts prématurées dans l'indifférence générale et l'invisibilité des clochards. Mais bon, Ils n’ont qu’à aller travailler, ces fainéants. Mais le monde s'en fout. Dehors, il fait chaud, commentent les journaux et ils conseillent aux Français de bien s'hydrater.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna
Il paraît que d'ici fin 2026, si les financements associatifs continuent d'être à la baisse, 1/3 des associations de solidarité selon la FAS mettront la clé sous la porte. Ce n’est pas grave, on fera appel à la solidarité nationale. À votre bon cœur messieurs-dames, tous ces profiteurs n’ont qu’à aller bosser. Et puis cela fera de la chair à canon pour les futurs conflits, on embrigade déjà la jeunesse. Mais le monde s'en fout, dehors il fait chaud commentent les journaux et ils conseillent de se mettre à l'ombre aux heures les plus chaudes.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
Tiens. Le maire RN de Carpentras et le conseil municipal ont supprimé la subvention financière du planning familial, association historique de défense du droit à la contraception, à l’avortement et à l’éducation à la sexualité. Oui, c'est ça aussi l'extrême droite. On s'étonnera par la suite de la montée du masculinisme comme potentielle menace terroriste en France. De l'augmentation des violences sexuelles et sexistes. Des défilés de néonazis dans notre pays. Mais le monde s'en fout. Dehors, il fait chaud commentent les journaux. Mettez votre toutou à l'ombre.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
Dans une société qui ne sait plus protéger ses enfants fleurissent les scandales de la pédophilie. Morts, les enfants du périscolaire, des viols intrafamiliaux, dans l'église au nom de Dieu ou pris au piège des réseaux sociaux. Prostitués sur la toile ou dans les hôtels crasses. Face à l'impunité, quel accompagnement des victimes ? Quels moyens sont donnés à la justice, et à la protection des enfants. Mais le monde s'en fout. Dehors, il fait chaud, commentent les journaux. Il paraît qu'il faut apprendre à bien s'alimenter et ne pas manger trop gras.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre, elle s'appelait Lyhanna.
La santé mentale des Français ne cesserait de se dégrader. Les fermetures de lits en psychiatrie, ne cessent de se multiplier, les délais de consultations explosent. Mais l'on se réjouit d'un nouveau dispositif jeune « coupe-file » pour accéder à un écoutant ou à un rendez-vous. Qui sera au bout du fil d’SOS détresse amitié ? Un bénévole psychiatre retraité ou de nouveaux professionnels ? Tout en rappelant bien sûr l'existence du dispositif mon soutien psy. Mais le monde s'en fout. Dehors il fait chaud, commentent les journaux, Pensez à ouvrir vos fenêtres la nuit pour faire rentrer la fraicheur dans vos passoires thermiques.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
L’IA est là. Si elle peut être un outil, permettre des découvertes ou de redécouvrir, plus d'un jeune sur 2 y font appel pour parler de leurs difficultés psychologiques. Ça interroge, non ? Plus besoin de dispositif coupe file du coup…Derrière cette IA, n’y aurait-il pas un manque de vision de l'homme ? En tout cas, une perte de sens des littératures. Le temps est aux visuels et aux virtuels. Plus besoin de lire la pensée complexe ou de savoir écrire, il n’y a plus qu’à demander à la machine. Face au règne de la pensée inculte, pourrons-nous retrouver l'arpentage et ouvrir des livres ? Mais le monde s'en fout, il fait chaud commentent les journaux. Pensons aux seniors, Ça ferait tache de revivre 2003.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre, elle s'appelait Lyhanna.
La santé au travail des Français se détériore. Mais il paraît, comme un vieux marronnier électoral, qu'il faudrait travailler plus et limiter les arrêts de travail. Alors, on nous sort un plan santé au travail et des mesurettes faisant peser sur l'individu la responsabilité de sa souffrance. Penser à boire et à aller au WC. Rien sur le collectif. Rien sur l'organisation. Rien sur les moyens. Rien les surcharges de travail liées à une société de gestion pressée, mesurée, quantifier, excellisée, rentabilisée. Mais le monde s'en fout, il fait chaud commentent les journaux. Ne vous jetez surtout pas dans le canal Saint Martin, bande de jeunes.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
La protection de l'enfance est en berne. Il y a bien longtemps qu'elle est au fond du gouffre. Tout au fond du puit. Drapeau tricolore baissé au fronton des mairies. Exsangue. Là aussi, Ils se targue d'un grand plan de la protection de l'enfance. Sans moyen, sans professionnel. Sans vision globale et systémique. Sans écoute du terrain. Quels espoirs pouvons-nous avoir ? Mais le monde s'en fout, il fait chaud commentent les journaux. Pensez à vous mettre à l'ombre.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
Edgar Morin est mort. Résistant. Relieur multidisciplinaire. Écrivain. Philosophe et sociologue. Penseur de la complexité qui nous manque cruellement en ce moment. Nous ne retirons rien, pourtant, de ses leçons d'un siècle de vie. « Edgar qui ? », a demandé Hanouna. Ne connais pas. Parce que le monde s'en fout, il fait chaud, commentent les journaux. Mangez des fruits et des légumes, ça hydrate.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
Ma liste noire de mes petites colères du jour est bien trop longue et bien incomplète. Elle ne cesserait de se développer. Alors, je vous parlerai encore de ces hubs de déportation, pardon, de ces « plateformes de retours » pour les personnes réfugiées que cette Europe hostile, autoritaire et fascisante a voté. Et puis l'Ukraine, Gaza, l'Iran, le Sud-Liban, L'embargo de Cuba où Ebola, les noyés de Calais ou de la méditerranée et j’en passe ne sont traités aujourd'hui comme des vulgaires faits divers. Parce que le monde s'en fout, il fait chaud, commentent les journaux. 3 L d'eau par jour pour les ouvriers à mourir sur les toits. Ça fera un mort de plus au travail. Pas un mot pour les familles.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre, elle s'appelait Lyhanna.
Mon billet est déjà bien trop long pour vous compter ce que j’ai sur le cœur comme exaction. Comme effraction. Comme sordidité. Comme tir de LBD. C’est promis, juré. Dans mon prochain billet, je vous parlerai de la beauté comme d’un petit journal des bonnes nouvelles. On verra s'il fait chaud. Si les journaux s'en foutent et commentent la canicule.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna.
Et puis il y a cet enfant qui avait tant de choses à vivre. Elle s'appelait Lyhanna. Qui sera, passées l’émotion et la coupe du monde foot, les glaces de l’été, elle aussi sans doute, oubliée.
Il y a ces enfants. Nos enfants. Qui ont tant de choses à vivre. Et qui sont notre devenir.