Lecomte Jacques - Le monde va mal

« Il faut s’inspirer des progrès réalisés, pour aller encore plus loin »

Rencontre avec Jacques LECOMTE, psychologue, conférencier, auteur
 
Quand Jacques Lecomte publie son dernier ouvrage, des critiques l’accusent de l’avoir écrit depuis les baléares. Pourtant, ce psychologue positif n’a fait que reprendre des publications officielles de l’ONU, de l’UNICEF, du FAO démontrant l’état du monde. Pourquoi ne parle-t-on toujours que de ce qui va mal en négligeant ce qui va bien, soupçonnant celui qui déroge à cette règle d’aveuglement ?

 
JDA : Alors que le monde semble aller de plus en plus mal, pourquoi affirmez-vous le contraire ?
Jacques Lecomte : Lorsque l’ONU a rendu un rapport en 2015 sur les résultats des « objectifs du millénaire pour le développement », toute une série de chiffres démontrait des avancées et des progrès : recul des taux de mortalité infantile, de famine, de grande pauvreté, de maladies au premier rang desquels le paludisme. A l’inverse, l’alphabétisme - notamment celui des filles- avait progressé. Qu’en firent les media ? Ils se focalisèrent principalement sur la seule situation sud-saharienne, contre exemple des résultats attendus. En 1985, une alerte fut lancée face à la destruction de la couche d’ozone, avec pour conséquences des risques de cancer pour des millions d’être humains. Aujourd’hui, on n’en parle plus. Et pour cause, cette couche se reconstruit au point que l’on peut estimer qu’elle se sera rétablie en 2050. Personne ne le sait. Les media considèrent que leur devoir consiste à alerter l’opinion publique sur les drames qui frappent notre monde : guerre, catastrophes humanitaires, désastres écologiques etc … Et c’est effectivement leur rôle. Mais, ils doivent tout autant informer sur ce qui va bien. Et cela, ils ne le font que très rarement.

JDA : Comment expliquez-vous que ce soit la vision pessimiste qui l'emporte ?
Jacques Lecomte : des études menées par des psychologues, des naturalistes, des évolutionnistes démontrent combien nous sommes portés au fond de nous-mêmes, à identifier d’abord ce qui va mal, avant de nous centrer sur ce qui va bien. Une gazelle vivant dans la savane africaine est attirée par une prairie et un point d’eau. Mais son instinct de survie l’incite à la vigilance, pour guetter la présence d’un éventuel lion caché au milieu des hautes herbes. C’est l’héritage de cette époque où nous étions potentiellement menacés par des prédateurs qui structure notre système biologique. Nous sommes plus attentifs à ce qui peut nous nuire, qu’à ce qui nous est agréable. Aujourd’hui, le contexte a changé. Nous ne pouvons plus nous laisser guider par ces mécanismes archaïques.

JDA : A ne voir que ce qui va bien, ne risque-t-on pas d'être accusé de déni et/ou d'aveuglement ?
 Jacques Lecomte : je ne suis ni un optimisme béat et naïf, ni un alarmisme défaitiste, mais ce que j’appelle un optiréalisme. Constater à la fois les avancées et les régressions permet de mieux se mobiliser et d’agir d’une manière réactive. Les scientifiques et les écologistes ont raison d’alerter l’opinion publique. Mais, leur manque de connaissances en psychologie humaine ne leur permet de comprendre les effets pervers de certaines de leurs actions. Quand on dépasse un certain niveau d’alerte, on crée un effet d’entraînement négatif qui produit de la désespérance, de la résignation ou de la résistance. L’information catastrophique sur l’état de la planète est en elle-même une catastrophe. Il n’y a jamais eu autant de climato-sceptiques depuis que l’on inonde la planète de messages alarmants. On commence à entendre des réflexions désespérées : puisque c’est foutu, autant consommer, tant qu’on le peut.
 
JDA : Comment réussir à tenir un discours optimiste auprès des jeunes générations qui sont témoins des massacres en Syrie ou au Yémen, du chômage qui ne baisse pas, des inégalités qui s'aggravent ?
Jacques Lecomte : la réponse est dans votre question ! En équilibrant les informations négatives et positives. Les jeunes générations ont besoin d’exemplarité. Présenter l’action de personnes publiques qui agissent pour améliorer la société et pas seulement de celles qui l’aggravent. Slobodan Milocevic est connu comme responsable de crimes de guerres, de crime contre l’humanité et génocide. Mais, qui connaît Boris Tadić son successeur qui a eu un rôle essentiel dans la réconciliation après la longue guerre des Balkans ? Il y a trente ans, le Rhin était un égout à ciel ouvert. Aujourd’hui, on peut s’y baigner. Le saumon, très sensible à la pollution, repeuple ce fleuve. Qui en parle ? Pourtant, ces résultats ne peuvent qu’encourager à aller de l’avant, puisqu’ils démontrent que les efforts portent leurs fruits.


L’État du monde
Chômage, guerres, attentats, réchauffement climatique …le catastrophisme bruisse à la une des gazettes. Et pourtant, les statistiques démontrent que le monde va mieux qu’avant. Mais, cela ne signifie pas pour autant que le monde va bien. Encore moins qu’il faut s’en contenter. Mesurer le chemin parcouru doit nous amener à identifier ce qui a été acquis et surtout ce qui reste à accomplir.
« Le monde va beaucoup mieux que vous le croyez » Jacques Lecomte, Ed. Les Arènes, 2017

 

Jacques Trémintin - Journal de L’Animation  ■ n°196 ■ Février 2019