Radicalisation de la jeunesse. La montée des extrêmes

FIZE Michel, Ed. Eyrolles, 2016, 161 p.

Entre islamisation de la radicalité et radicalisation de l’islam, Michel Fize se prononce clairement, en refusant de se focaliser sur le seul intégrisme musulman. Il l’annonce d’emblée : la radicalité extrémiste a toujours existé tant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, tant chez les fondamentalistes juifs ou chrétiens qu’islamistes. Son ouvrage établit un parallèle audacieux des mécanismes poussant une partie de la jeunesse dans les bras du Front national autant que dans ceux des terroristes. Réunissant 6,5 millions de voix aux dernières régionales et créditée de 26 % aux Présidentielles de 2017, Marine le Pen est de plus en plus populaire chez 18-24 ans : les consultations électorales successives marquent une progression continue et inquiétante du pourcentage de cette classe d’âge votant pour elle : 13 % en 2002, 23 % en 2012, 30 % en 2014 et 35 % en 2015. Leur motivation ? Pour près de la moitié, la situation de l’emploi. Pour plus d’un tiers, la sécurité. Et pour un quart, les attentats islamistes. La tentation intégriste, quant à elle, concernerait plus de 8.000 personnes dont 38 % de convertis, 40 % de femmes et 10 % de moins de 18 ans. Leur motivation ? Besoin d’ordre et de rébellion, de sécurité et d’aventure, de soumission et de domination, d’appartenance et de reconnaissance, d’aventure héroïsante et de prise de pouvoir … pour en finir avec les frustrations et les humiliations. En apparence aux antipodes l’une de l’autre, ces deux fractions de la jeunesse partagent pourtant une même quête : changer leur vie et celle des autres, adhérer à des préceptes susceptibles d’en finir avec une société qui les exclut, donner du sens à leur existence. Avant d’invoquer la folie, l’illusion et l’irrationnel de ces choix, peut-être faut-il s’interroger sur l’avenir que nous proposons à nos enfants. Notre société offre comme idéal principal l’accroissement de la consommation, le développement de la productivité et l’augmentation du PIB. En deçà de cette noble ambition, il y a la privation de réussite scolaire et le fort taux de chômage, la difficulté pour trouver un logement et la dégradation des conditions de l’existence. Une jeunesse désespérée, qui s’est sentie sacrifiée, laissée pour compte et abandonnée, s’est toujours tournée vers ceux qui lui laissent entrevoir l’espoir d’une vie meilleure. Ce ne sont ni les incantations humanistes, ni les menaces répressives qui peuvent le mieux la détourner de la radicalisation, mais une véritable lutte contre les discriminations et les inégalités sociales, une réussite scolaire pour tous et un emploi pour chacun.
 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1203 ■ 16/03/2017