L’autre Amérique
PERRIGNON Judith, Éd. Grasset, 2025, 234 p.
L’Amérique des cinquante dernières années est devenue le paradis des milliardaires. Les 1 % des plus riches qui détenaient 10 % du revenu national en 1980, en possèdent aujourd'hui le double. Mais cela n’a pas toujours été ainsi. C’est cette « autre Amérique » que Judith Perrignon nous décrit dans ce livre, celle de Franklin Delano Roosevelt.
Ce président américain, élu en 1933 deux mois après la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne, n’a rien d’un révolutionnaire. Il est issu d’une famille riche. Son dessein est même, d’une certaine façon conservateur : il veut sauver le capitalisme menacé de faillite, en le règlementant pour éliminer certains de ses pires effets.
La situation qu’il trouve en arrivant au pouvoir est terrible. La crise de 1929 a réduit à la misère la plus noire quinze millions d’américains qui se sont retrouvés sans travail du jour au lendemain. Ils ne disposent d’autres moyens pour survivre que les soupes populaires, inventées à cette occasion.
Un paralytique (il est atteint de poliomyélite) se donne donc pour ambition de relever une nation à genoux. Pour y parvenir, il est animé d’une conviction forte : « Nous savons maintenant que le gouvernement des milieux financiers est aussi dangereux qu’un gouvernement de mafieux ».
Après sa première victoire, il sera (ré)élu trois fois, triomphalement, gagnant toujours plus triomphalement les élections qui se succèdent. Il décède en 1945, trois mois après le début de son troisième mandat. Tout au long de ces années, le programme qu’il a mis en application est simple : s’attaquer aux plus riches, ceux-là même dont la tyrannie et la concentration tirent monde vers sa chute.
Le « New Deal » qu’il lance est brutal pour les privilégiés. Il instaure l’impôt tant sur la fortune que sur les bénéfices des entreprises et les dividendes. Il lance la chasse à l’évasion fiscale et aux spéculateurs qui jonglent chaque jour sur les marchés financiers. Il sépare les banques commerciales des banques d’investissement.
Et parallèlement, il développe les droits sociaux, comme jamais : instauration des allocations chômage et des pensions de retraite, légalisation des syndicats et du droit de grève, interdiction du travail des enfants, limitation du temps de la semaine de travail. Pour relancer l’économie, il invente la stimulation de l’économie par la dépense publique, en lançant des grands travaux qui aménagent le territoire tout en donnant du travail aux chômeurs.
Sa volonté de réforme se heurtera toutefois au racisme viscéral et institutionnel qui règne dans le sud de son pays. Le même sénat qui votera à plusieurs reprises les crédits pour les grands travaux se refusera à criminaliser le lynchage dont sont couramment victimes les anciens esclaves (il ne le sera qu’en 2022!).
Le courant progressiste qui triompha alors aux USA est devenu aujourd’hui l’ennemi intérieur dans ce pays. La figure de l’homme riche au-dessus des lois est de retour avec Donald Trump. Ses 100 premiers jours de pouvoir se sont inscrits à l’opposé inverse des 100 premiers jours de Roosevelt, protégeant les privilégiés et s’attaquant aux plus pauvres.