De la claque à la séquestration
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dans Billets d'humeur
On connaissait déjà l’enfermement d’un enfant dans un placard ou de le tenir le tenir enchainé au bidet des WC. L’assassiner pour se venger de sa mère est aussi une option. Le séquestrer dans une camionnette en le laissant nu dans ses excréments pendant plus d’un an est une nouvelle version particulièrement sophistiquée de ce qu’une a-parentalité toxique peut lui infliger. C’est ce qu’a vécu pendant plus d’un an cet enfant de 9 ans à Hagenbach (Haut-Rhin).
Une telle information est difficile à intégrer, sans se sentir horrifié et être pris d’une colère irrépressible. Il faut la laisser s’exprimer afin de libérer la rage qu’elle génère pouvant aller jusqu’à réclamer une sanction pénale sans pitié. Puis, vient le moment du questionnement : comment un tel acte est-il possible ? Il est légitime de douter de l’équilibre mental de ce père, de questionner la perversité qui lui a fait traiter son fils comme un simple objet, de supposer une éventuelle tragique reproduction de ce que cet individu a subi sans sa propre enfance.
Rappelons d’abord un chiffre qui fait froid dans le dos : chaque semaine, un enfant meurt sous les coups de ses parents. Le mythe de compétences parentales innées qu’il s’agirait de faire émerger en prend un coup. Non seulement, élever un enfant ne va pas de soi, mais il faut aussi accepter que certains adultes n’en soient pas capables ou rencontrent de grande difficultés pour se montrer à sa hauteur.
Ces violences, dont la pire expression se concrétise par l’infanticide, se situent à l’extrémité d’une longue chaîne qui commence par le raisonnement « une claque,cela n’a jamais fait de mal à personne » et qui se termine par les actes les plus effroyables. Le corps de l’autre, quel qu’il soit, est sacré. Le respect qu’on lui doit est inconditionnel. Son intégrité est intouchable. Voilà trois principes universels, non négociables et pouvant s’appliquer en toutes circonstances.
Bien sûr que tout membre d’une communauté humaine peut être sanctionné, qu’il soit mineur ou majeur, en réponse à une transgression qu’il commet : restriction de liberté, confiscation d’un bien, privation d’une participation. Les enfants n’ont pas de ce point-de-vue à faire exception par rapport aux adultes, même si leur manque de maturité doit être prise en compte.
Mais jamais, oh grand jamais, cette sanction ne peut prendre la forme d’une atteinte corporelle. Les institutions religieuses qui y ont eu recours par le passé sont à juste raison stigmatisées. Elles font aujourd’hui amende honorable. Un enseignant, un animateur, un éducateur, un entraîneur sportif … qui l’utiliserait se placerait en situation de faute professionnelle, risquant le licenciement et en posture délictuelle justifiant une mise en examen.
Curieusement, le cercle familial semble être le dernier lieu où la violence éducative est encore tolérée. Un sondage mené en 2024 montrait que 58 % des parents estimaient avoir reçu une éducation sévère dans leur enfance mais 81 % admettaient avoir appliqué une violence éducative ordinaire au cours de la semaine précédente (Baromètre des violences éducatives ordinaires 2022 et 2024, Fondation pour l’enfance/IFOP).
Les enfants ont droit à la même considération qu’un adulte. A l’heure où violenter une personne âgée, une personne avec handicap ou une femme est condmané d’une manière de plus en plus générale, il est plutôt étonnant que le faire à l’égard d’un mineur relève de l’exception. Ce qu’on ne se permettrait pas envers des adultes fragiles, on se l’autoriserait donc envers les plus jeunes ?
Bien sûr que faire face au quotidien de l’éducation d’un enfant n’est pas toujours facile. Evidemment que, parfois, il peut se montrer exécrable. Il n’y a pas de doute que l’épuisement de la patience ou la fatigue accumulée chez l’adulte peuvent pousser à un geste (in)contrôlé. C’est sans doute la raison pour laquelle la culture de l’éducation non violente (qui ne veut pas dire sans sanction) doit se diffuser dans les plus amples proportions, pour bannir toutes les formes d’agressions faites aux enfants et les remplacer par une réponse ferme, cadrante et constructive, mais toujours respectueuse.