Faut-il taxer les superprofits pétroliers?
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dans Billets d'humeur
J’ai recueilli les propos de Stéphane Thobie, membre du bureau national d'ATTAC, pour un média local. Voilà en résumé son argumentation :
Une étude commandée par Greenpeace a révélé que les compagnies pétrolières réalisent 80 millions d'euros de profits supplémentaires par jour depuis le début de la guerre entre Israël-USA et l'Iran. Les opérations de spéculation de Total lui ont permis de racheter la cargaison de 77 des 82 pétroliers sortant du détroit d’Ormuz juste avant le déclenchement des hostilités. Cette multinationale peut bien jouer aux chevaliers blancs en proposant aux automobilistes depuis le 13 mars le plafonnement des prix du carburant. C'est un geste marketing peu coûteux face au milliard d'€ de bénéfices qu'elle a engrangé au cours du même mois.
Cette même compagnie ne paie quasiment pas d'impôt sur les sociétés en France depuis plus de dix ans, grâce aux mécanismes d'optimisation fiscale qu'elle utilise, comme bien d'autres. Elle déclare même des déficits Ilsur ses activités françaises qui affichaient, en 2025, 300 millions d'euros de pertes. Dans le même temps, elle a réalisé 13,1 milliards de dollars de bénéfices au niveau mondial. C'est ce scandale d’État que nous dénonçons avec force.
Attac préconise de prendre en compte les bénéfices mondiaux d'une multinationale et de lui appliquer un même taux universel de prélèvement fiscal, en répartissant l'impôt prélevé au prorata de son activité réellement réalisée dans chacun des pays. Cette mesure empêcherait les multinationales de délocaliser artificiellement leurs profits dans des paradis fiscaux comme les Bahamas, les îles Caïman ou les Bermudes qui appliquent un taux de 0 % ou des pays européens comme l'Irlande et Chypre (12,5 %) ou le Luxembourg (17 %). Notre propre pays a appliqué lui aussi une décote, passant progressivement de 33,33 % de taux d'imposition des bénéfices des entreprises à 25 %, depuis 2022.
Ce dumping cherche à attirer des capitaux, voire de simples domiciliations de groupes qui parfois ne sont présents que sous la forme d'une seule boîte aux lettres. Loin d'être utopique, la revendication historique qu'ATTAC porte depuis 2010 est tout à fait réaliste et d'actualité dans le contexte actuel. Un amendement de l'Assemblée nationale l'a d'ailleurs votée le 28 octobre 2025, contre l'avis du gouvernement.
De multiples tentatives ont déjà été menées au niveau mondial. L'accord OCDE/G20 adopté par 140 pays en 2021 a prévu un taux effectif minimum d'imposition de 15 %, applicable aux multinationales quels que soient les pays. L'ONU et certains économistes ont prolongé cette démarche en proposant un impôt mondial sur les ultrariches qui, selon certaines projections, rapporterait entre 300 à 400 milliards par an. Cinq pays européens, dont l'Allemagne, ont demandé tout récemment une taxe européenne sur les surprofits pétroliers. La France freine des 4 fers, soucieuse de préserver son fleuron industriel qu'est Total. A l'inverse, elle verse chaque année 211 milliards au monde de l'entreprise, si l'on en croit le rapport du Sénat de juillet 2025, dont 60 à 70 % sont captés par les grands groupes. C'est pourquoi nous appelons à signer massivement cette pétition qui en appelle à rétablir la justice fiscale.