Rempotage printanier

Carte blanche aux tribulations d’une assistante sociale de rue

Tel un arbuste décharné et arrosé outrageusement à la bière, Geronimo pousse comme il peut, à l’abri des regards, sur une terre sèche et pauvre en nutriments.

Âgé d’une trentaine d’années, Geronimo débute sa vie dans un pot largement ébréché qui volera en éclat quelques années plus tard. L’ASE tentera ensuite d’en recoller les morceaux. A l’adolescence, encore jeune branche peu robuste, il décide de construire son propre habitat dans la rue. Depuis maintenant 15 ans, il est profondément enraciné dans une zone où se répandent d’innombrables ronces. Celles-ci obstruent la luminosité nécessaire à la floraison de branchage. A première vue, son buisson fragile se perd sous une épaisse couche d’épines.

Marie et Martin, jardiniers du dimanche, arpentent régulièrement les végétations hostiles et ingrates pour saupoudrer d’engrais les plantes perdues, qui en font la demande. Lors d’une promenade estivale, ils découvrent ce frêle arbuste qui crie sa solitude, hurle son mal-être et les houspille de son désespoir. Malgré des épines piquantes et tranchantes, Marie et Martin parviennent petit à petit à s’approcher de l’espace vital de Geronimo. Cela prend une bonne année. D’ailleurs, tous les trois s’écorcheront la peau à plusieurs reprises.

Après une période de taille et d’élagage délicate, l’arbuste de Geronimo se révèle progressivement dans ses failles, ses forces et sa volonté féroce de s’établir dans un pot solide à durée illimitée. Il souhaite quitter ce chemin sans issue, où il se terre depuis bien trop longtemps.

Progressivement, Geronimo accepte de s’abreuver d’eau. Il parcellise alors son arrosage automatique bulleux et mousseux. Pendant un temps et avec régularité, Marie et Martin l’arrosent d’eau et disséminent des petites graines dans sa terre aride. Au fil des saisons, Geronimo parvient à remplir son propre seau d’eau, observe ses branches s’habiller d’un manteau feuillu et se lie davantage à d’autres plantes ou jardiniers.

Après deux ans, ses épines pourrissent sur le sol de son enracinement et Geronimo sent enfin le vent souffler dans son feuillage. Il se laisse alors porter par cette brise hivernale pour découvrir un nouveau pot. En plastique, éphémère et accueillant de nombreux autres plants, cet environnement propose un terreau renouvelé, dans lequel ses racines peuvent se développer un peu plus sereinement.

Marie et Martin veillent au grain, poursuivent leur saupoudrage d’engrais et l’adapte à cette nouvelle terre d’accueil. Ainsi, quelques mois après, Geronimo refuse catégoriquement de retourner s’enraciner dans son ancien environnement. Il demande l’accès à un pot de taille supérieur et en terre cuite. Ses jardiniers référents l’accompagneront dans son cheminement ainsi que dans la prospection de multiples contenants afin de désigner celui qui boutera profondément ses racines.

A l’arrivée du printemps, Marie et Martin profitent de cette saison de floraison pour procéder à un tri manuel des mottes de terre, qui s’accrochent encore aux radicules de Geronimo. Patient, ce dernier ne gesticule plus et se nourrit de l’engrais, qui le dépouille de ses habituelles épines.

Avec précaution, Marie et Martin utilisent la liane robuste qui les relient à Geronimo, afin d’emplir le pot choisi, par un frais terreau universel. Tous trois s’attellent alors hardiment à la confection du futur environnement de vie de ce petit arbuste, arbuste qui se densifie au fil des saisons.

Récemment, Geronimo a signé un accord qui lui permet de s’enraciner et se revégétaliser pleinement dans ce nouveau pot de vie. Ainsi, le rempotage printanier de ces jardiniers du dimanche est une (im)plantation positive, n’en déplaisent aux détracteurs arbustifs.