Un jour peut-être…et des possibles
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dans Carte blanche à
Carte blanche à Ludwig
Un jour peut-être…et des possibles
Nous pourrions sans cesse lister les mauvaises nouvelles du social. C’est une vérité. Ça va mal depuis des années. Nous le savons et cela va s’empirer. Tous les secteurs sont aux abois. On organise en plein été la fermeture de milliers de places d’accueil d’urgence. Le 115 est en grève historique. Le scandale du traitement des violences sexuelles sur mineurs fait encore un peu la une. La crise migratoire et les centaines de noyés, de Ceuta à Calais ravivent les pires ignominies politiques. Le monde est en feu, direction le soleil vert. Pourtant, dans ce tumulte, il existe encore quelques îlots de fraîcheur, des travailleurs sociaux qui prennent leur pied et des possibles horizons.
Ma collègue est de celles-ci. Elle travaille dans une structure d’accueil pour femmes victimes de violences et cet été, un projet de partir en camp à la mer a été coorganisé toutes ensemble. Elle a l’air de s’éclater dans cette structure, comme quoi tout n’est pas à jeter. Alors, elle est partie avec ce groupe de femmes en « camp vacances ».
Véritables leviers éducatifs et relationnels, vecteurs de transmissions, les camps sont vraiment un outil pour découvrir les personnes accompagnées sous un autre angle. Surtout lorsqu’ils sont coconstruits à partir des besoins des populations, des représentations de chacun dans une horizontalité relationnelle et non de manière surplombante. Les vertus du vivre ensemble, d’être avec, de faire avec pour un jour faire sans, sont dans ce contexte particulièrement propices au développement de l’autonomie, d’une authenticité de la relation. Alors, bien entendu, il faut monter un projet éducatif et pédagogique, noter des objectifs et tout le toutim bureaucratique qui peut paraître parfois décalé. Mais écrire est aussi prouver l’utilité de ce que l’on fait, rendre compte de l’activité, passer du prescrit au réel. Une semaine à la mer pour respirer, évoluer, prendre des « claques émotionnelles », ce qui vaut aussi pour nous, éducs.
Être dans l’humain, dans une sorte d’humanitude qui nous fait encore croire aux bienfaits de nos métiers. Dans ce monde du social qui trinque à la santé du capitalisme, ma collègue a les yeux qui brillent. Ce genre d’expérience mérite aussi d’être relevée car elle nous donne espoir, envie. Elle nous pousse à y croire encore. Qu’un jour peut-être, oui, un jour peut-être…
Un jour peut-être/ Il ne pleuvra plus de bombes
Un jour peut-être/ Des champs de fleurs pousseront sur les cimetières et les tombes
Un jour peut-être/ Fleuriront les je t'aime en lieu et place des chrysanthèmes
Un jour peut-être/ Il n'y aura plus de Dieu et les enfants retomberont amoureux
Un jour peut-être/ L'homme comprendra la femme et la femme séchera ses larmes
Un jour peut-être/ Il n'y aura plus les frontières pour marcher libre sur la terre
Un jour peut-être/ Les gardiens du temple rendront leurs clés la pensée sera sans barbelés
Un jour peut-être/ Sur les cendres renaîtra l'espoir d'un monde de paix
Qui n'aura que l'humain pour gloire.