Journée de la femme : du particulier vers l’universel
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dans Billets d'humeur
Contrairement à ce que laisse entendre la mouvance masculiniste, ce ne sont pas les hommes blancs hétérosexuels et fiers de leur virilité qui seraient en danger dans leur identité. Pour trouver les plus à risque, mieux vaut se tourner vers les victimes traditionnelles de la domination millénaire du patriarcat : les femmes, les LGBT, les minorités ethniques et religieuses.
Il est toutefois des groupes qui ont su s’organiser pour défendre leurs droits à exister, lutter contre les préjugés qui les stigmatisent et se défendre contre les agressions qu’ils subissent. Il faut applaudir les actions militantes et proactives autour de la cause des femmes, de celle faisant la promotion des différentes orientations sexuelles, mais aussi celles combattant l’antisémitisme et toutes les autres formes de racismes.
Mais n’assiste-t-on pas à un une compétition de victimisation, chacune cherchant parfois à placer ce qu’elle subit au-dessus des autres. Avec le risque pour celles qui ne disposent pas de la même force de frappe en termes de communication et de capacité de mobilisation, de se retrouver remisées au second plan.
Ce fut la raison qui poussa Anne-Cécile Violland, parlementaire du groupe Horizons seule députée ayant refusé de se lever, le 17 février lors de l'hommage à Quentin Deranque, militant identitaire fut lynché dans une altercation entre des groupes d’extrême droite et d’extrême gauche : « J'aimerais que notre Assemblée puisse partager la même indignation pour les femmes et enfants victimes de violence, qui meurent trop souvent dans une forme d’indifférence », a-t-elle expliqué à France info.
Outre qu’un tel émoi n’est pas vraiment courant quand c’est un homosexuel ou un musulman qui est la cible des milices néo-nazies, bien des questions se posent.
Quid de ces 2 000 enfants vivant à la rue avec leurs parents ? Quid de ces 160 000 mineurs agressés sexuellement chaque année ? Quid de ces 50 000 enfants porteurs de handicap sans solutions de scolarisation aujourd’hui dans notre pays ? Quid de cet enfant qui meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents ? Quid de ces 300 000 enfants vivant avec leur famille sous le seuil de pauvreté ? Quid de cet enfant sur cinq qui ne mange pas trois repas par jour ? Ne méritent-ils pas eux aussi un hommage des députés, debout et silencieux ?
Notre société se recroqueville autour de revendications identitaires, chacun cherchant à tirer la couverture à soi, celle qui prend à témoin l’opinion publique de l’inacceptable sort qui lui est réservé, trop souvent indifférent à celle de son voisin. Manque à l’appel ce discours universaliste qui réunit sous la même bannière le combat contre les atteintes aux droits humains.
Les un(e)s et les autres doivent pouvoir être défendu(e)s non en tant que telle ou telle catégorie en particulier, mais au nom de la même dignité humaine, de la même cause émancipatrice et des mêmes valeurs plaçant au-dessus de tout le respect de la personne. Que chacun le décline pour ce qui le concerne ne l’empêche pas de se sentir profondément solidaire de ses frères et de ses sœurs humains en quête d’équité, de considération et de reconnaissance de leur vécu.