Salauds de pauvres!

Carte blanche au billet de Ludwig - Salauds de pauvres !

« Profiteurs, enfin une bonne chose, ça leur donnera peut-être envie de travailler, il faut réapprendre aux gens à se lever le matin, une bonne nouvelle ça va en faire bouger un paquet de leur domicile, ce sont les gens qui travaillent qui payent tous ces avantages (…) »

Certains départements ont entériné pour les bénéficiaires du RSA de travailler gratuitement 15 à 20 heures par semaines en « échange » de leur revenu de solidarité active, arguant sur le dynamisme lié au travail. Cela vantant, plutôt, une méritocratie d’être aidé dans notre pays, balayant ainsi toute analyse concernant le monde de l’emploi et ses corollaires.

Il faut lire sur les réseaux les commentaires haineux, le vomi tout droit tiré d’une population biberonnée au discours Cnewsé des plateaux télé made in Bolloré. N’empêche, vous m’excuserez, mais la bêtise s’implante dès le plus jeune âge. Ne fallait-il pas déjà vendre du « temps de cerveau disponible » Mr Le Lay ? Jeux du cirque et tickets à gratter, taper 1 si vous voulez l’expulser !

Qu’il est alors facile derrière son écran de répandre sa rage dans une sorte d’agora anonyme sur la toile. Mais qu’en savez-vous, ou que voulez-vous en savoir des situations de précarité et de pauvreté ? Rien, peut-être, parce que « c’est la télé qui l’a dit », parce que « moi, je connais quelqu’un au RSA, il en profite bien ». Exemple type de généralisation abusive.

Les bénéficiaires de prestations et indemnisations sociales ont été petit à petit édifiés non seulement en « assistés » mais aussi en tricheurs en puissance. D’ailleurs, sous le prétexte de lutter contre les abus, ces derniers sont donc de plus en plus montrés du doigt et sont contrôlés avec des moyens sans cesse plus perfectionnés. 

Cela étant dit, pour votre gouverne, un peu d’éléments pour vos dimanches chez tonton. Pour l’entrée, quelques précisions s’il vous plait.

La précarité se doit d’être distinguée de la pauvreté. À la différence de la pauvreté, la précarité fait partie d’un ensemble plus large, qui concerne la dignité, l’indépendance et la capacité à se projeter dans l’avenir. Elle se caractérise par une forte incertitude dans les conditions de vie qui peut exposer à la pauvreté et résulte d’un manque de sécurité dans différents domaines essentiels comme l’emploi, le logement, la santé ou la vie sociale. Sont concernés notamment les jeunes, les familles monoparentales, les personnes âgées, les migrants, les réfugiés et les personnes en situation de handicap.

La pauvreté quant à elle ne se limite pas à la précarité financière, mais inclut aussi le manque d’accès à la nourriture, à l’éducation, à l’eau potable et à l’électricité. Son caractère est donc multidimensionnel et dépend du contexte économique du pays. Si le dictionnaire Le Robert la décrit comme un manque de moyens matériels ou d'argent, l’Organisation Mondiale de la Santé considère une personne pauvre quand ses revenus ne couvrent pas ses besoins essentiels non alimentaires. Oxfam France parle d’un manque de ressources empêchant une vie décente. Mais accordons-nous sur la définition générale de L’ONU qui souligne qu’être pauvre, c’est ne pas disposer des ressources nécessaires pour satisfaire les besoins essentiels de la vie.

Être précaire ou pauvre entraîne en conséquence des séquelles sur la santé physique et mentale : maladies chroniques, troubles mentaux et autres problèmes de santé, mauvaise image de soi et sentiment d'inutilité sociale pouvant conduire à une véritable dégradation de la santé. Alors à toi qui crache ton venin sur ton Insta, ça te tente ? Voilà voilà…

Ah oui, je rajoute un peu d’argumentaires entre le plat et le dessert. Selon Oxfam France, un million de personnes seraient tombées dans la pauvreté lors du premier confinement. Pendant ce même temps, les 20% des Français les plus pauvres ont vu leur épargne diminuer de près de 2 milliards d’euros, tandis que les 10% les plus riches voyaient leur fortune augmenter de plus de 25 milliards d’euros. Il faut savoir que les politiques fiscales des 40 dernières années ont construit une économie au service des 1% les plus riches.

De surcroit, sur les près de 13 milliards d’euros de fraude sociale, seuls 4 milliards sont réellement imputables aux bénéficiaires de prestations sociales bien que la présentation habituelle de la fraude sociale soit quasi-essentiellement « anti-pauvres » ( lorsqu’elle concerne certes les personnes qui touchent indûment des prestations sociales, mais aussi les employeurs qui ne payent pas de cotisations sur leur travail ou celui de leurs employés, ou encore les professionnels de santé). La fraude fiscale est nettement plus élevée que les fraudes sociales dont le montant est estimé entre 80 à 120 milliards d’euros. Voilà, voilà….

Ah oui, le méchant portrait du tricheur assisté cache en réalité le fait que nombre de personnes éligibles aux aides sociales n’en font pas la demande par ignorance, complexité administrative ou crainte de stigmatisation. Dans ce non-recours aux prestations sociales, plus d’un Français sur trois ne profite pas des aides sociales auxquelles il a le droit. Voilà voilà…On passe au café tonton ?

Alors, « ma vie avec le RSA », titre d’une nouvelle télé-réalité ? Allez-y, tentez l’expérience, ça peut rapporter gros au gagnant. Dans le cas contraire, on fera bien une opération pièce jaune pour remplacer la solidarité par la bonne vielle charité. Tant que l’on donne, pourquoi l’Etat assumerait ses missions de protection ? Les pauvres donnent aux pauvres, le capitalisme a triomphé. Comme l’adage le dit «  Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt ». Provoquer la division et la guerre entre exploités, c’est comme les colonels envoyant au front trinquant au Dompé, c’est taper sur l’ouvrier afin qu’il tape sur le réfugié. Vous me suivez ? Ah, oui, « il paraît que voir des plus pauvres que soit, ça rassure » chante Lavilliers. Tant que l’on peut écraser plus faible que soit, alors, on se sent exister.

Bref, je ne vous explique pas ce qu’il va se passer en 2027. Certains seront fiers de reprendre ce fameux refrain d’outre-tombe « Berdella, nous voilà… »

Allez, sur ce, je vais travailler pour que mes impôts, qui servent en partie à financer notre modèle de protection sociale basé sur la solidarité héritée de l’après-guerre et du programme du Conseil National de la Résistance, puisse permettre aux plus démunis d’entre nous, de subsister…un peu.

 

Sources

https://bonpote.com/la-fraude-fiscale-coute-6-a-10-fois-plus-a-la-france-que-la-fraude-sociale/#:~:text=Le%20tout%20avec%20succ%C3%A8s%20%3A%20les,d'euros%2C%20un%20record.

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion_fin/l16b1745-tiii-a26_rapport-fond#

https://contrib.securite-sociale.fr/files/live/sites/SSFR/files/HCFIPS/Rapport/Rapport%20lutte%20contre%20la%20fraude%20sociale%20%C3%A9tat%20des%20lieux%20et%20enjeux.pdf%201.pdf