Viltard Thomas - SESSAD

De l’école aux familles : le quotidien d’un SESSAD


Entretien avec Thomas Viltard, psychologue clinicien au SESSAD Mosaïque (Paris 20e)

En quoi consiste l’intervention d’un SESSAD au sein des familles ?

Il faut d’abord préciser que tous les SESSAD ne pratiquent pas l’intervention à domicile et que ceux qui le font ne suivent pas forcément les mêmes modalités. Je peux vous décrire comment nous pratiquons dans le service où j’exerce. Nous commençons par échanger en réunion interdisciplinaire, à partir de ce que nos observations et nos évaluations respectives nous ont permis d’identifier en termes de besoins. Ce n’est qu’ensuite que nous décidons quels professionnels interviendront au sein de la famille. Selon les situations, ce sera soit l’éducateur ou l’assistante sociale, ou bien le psychomotricien, la psychologue ou le psychiatre …. Tout dépend de la nature de l’accompagnement envisagé : cela peut être pour aider le moment du coucher, proposer des outils pour stimuler l’enfant avec des jeux de société ou encore travailler sa place au sein de sa fratrie. Cette intervention peut être ponctuelle ou régulière, à un seul professionnel ou à deux, avec l’enfant seul ou avec ses parents dans une dynamique de guidance parentale.

 

Quels sont les facteurs qui facilitent et ceux qui compliquent le partenariat avec l’école ?

Les échanges avec les enseignants, les Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap (AESH), les psychologues et les directeurs sont indispensables. Ils permettent de lever les ambiguïtés et de réussir à travailler ensemble. La signature d’une convention constitue une étape importante qui permet de poser un cadre et de donner des repères à chacun, l’intervenant pouvant ainsi trouver sa place. Les obstacles sont constitutifs de l’hermétisme de l’institution : l’Éducation nationale a toujours eu beaucoup de difficultés à s’ouvrir sur l’extérieur. L’enseignant peut vivre comme très intrusive, l’irruption d’autres professionnels dans le vase clos de sa classe. Mais, ce qui peut aussi peser c’est sa méconnaissance du handicap de l’élève auquel on va être confronté. Il peut alors rencontrer des difficultés à l’investir, alors qu’il ne comprend les mécanismes venant expliquer une agitation, un manque d’attention ou de concentration. Alors que c’est justement là où la présence des SESSAD peut être précieuse. Pour autant, avec le temps, la situation a beaucoup évolué. Leur action a gagné en notoriété. Et la sensibilisation à la politique d’inclusion a facilité leur entrée dans les écoles.

 

Quelles différences entre les SESSAD et les pôles de compétences et de prestations externalisées (PCPE) créés en 2016 ?

Ces dispositifs ont été conçus pour compenser les carences de places dans les établissements médico-sociaux. Ils permettent de répondre aux situations où des personnes aux besoins identifiés restaient sans solution et éviter les ruptures dans les parcours de soins. Concrètement, cela se passe par une mise en relation des familles avec des professionnels médicaux et paramédicaux du secteur ordinaire travaillant en libéral. Même si on manque de recul pour évaluer ce dispositif, il y a plusieurs craintes qui émergent : l’ubérisation des intervenants, la dispersion des interventions et la disparition du travail d’équipe qui est garante de la prise charge globalisé de la problématique. La différence fondamentale que je vois entre ces pôles et les SESSAD, c’est que le sens de leur mouvement est exactement inverse. Alors que les premiers initient une force centrifuge (les personnes avec handicap étant invitées à aller vers les professionnels), les seconds sont animés par une force centripète (ce sont les professionnels qui vont vers les usagers).

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1316 ■ 19/04/2022