EN SOUFFRANCE
Le monde sans les mots. Comment l’identité sociale des enfants sourds-muets et aveugles est-elle construite?
David GOODE, érès, 2003, 185 p.
Ce livre édité en 1994 aux USA a été rédigé à partir d’études réalisées dans les années 1973-1976. Il est pour autant toujours actuel, comme peut l’être tout ouvrage qui s’affiche comme un plaidoyer contre la peur de l’autre, dans une société qui dérive parfois en ne prétendant tolérer que le semblable. L’auteur s’est intéressé, il y a de cela trente ans, aux enfants qui, ayant vécu une grossesse infectée par la rubéole, étaient nés sourds, aveugles, handicapés moteurs et physiques. Ce qu’il nous retrace de
Je suis noir et je n’aime pas le manioc
Gaston KELMAN, Mad Max Milo éditeur, 2003, 182 p.
« Je suis noir et je suis cadre, mais ne le dites pas à mon voisin, il me croit éboueur » Gaston Kelman aborde ici la question du racisme sous un angle inhabituel. Il n’est pas tant question ici du crétin qui rejette ouvertement celui qui est différent, mais du citoyen moyen prisonnier de l'atavisme qui amène à penser l’autre à partir non de ce qu’il est, mais de ce qu’il devrait être, conformément à l’idée qu’on se fait de ses caractéristiques congénitales. Il y aurait enracinement dans un
Centre fermé, prison ouverte. Luttes sociales et pratiques éducatives spécialisées
Yann LE PENNEC, L’Harmattan, 2004, 112 p.
Il est toujours intéressant de resituer le moment présent dans une perspective historique. Cela permet soit de relativiser l’innovation de certaines mesures soit d’éclairer l’échec probable d’autres décisions à partir des fiascos passés. C’est ce que nous propose Yann Le Pennec qui rappèle que la filiation de l’éducation spéciale pour les mineurs coupables ne se remonte pas à l’ordonnance de 1945 mais au Code criminel révolutionnaire de 1791 qui instaura les principes du discernement, de l’excuse de
Vivre sans violences ? Dans les couples, les institutions, les écoles
Micheline CHRISTEN, Charles HEIM, Michel SILVESTRE, Catherine VASSELIER-NOVELLI, érès, 2004, 224 p.
Dans un monde où les repères stables sont brouillés, il est important de se mettre d’accord sur les définitions. C’est ce que font les auteurs en ouverture de leur ouvrage, en distinguant bien entre la colère (mode d’expression de l’agressivité), les contraintes (les limites des conduites autorisées et les sanctions de leurs transgressions qui permettent le vivre ensemble), l’agressivité (comportement inné lié à l’instinct de survie) et la
Oedipe et Laïos - Dialogue sur l’origine de la violence
Olivier MAUREL et Michel POUQUET, L’Harmattan, 2003, 164 p.
Tout commence par une interview dans « Nice Matin » où Olivier Maurel soutient que chez l’être humain, la violence n’est pas innée, mais acquise culturellement. Michel Pouquet, psychanalyste, adresse au journal une réponse dans laquelle il s’insurge contre les rêveurs d’un homme idéal qui propagent de fausses idées : face à la violence pulsionnelle au cœur de chacun d’entre nous, il faut opposer la loi. La gifle n’a pas la même signification selon qu’elle humilie ou qu’elle marque
Sans visages. L’impossible regard sur le pauvre
Arlette FARGE, Jean-François LAE, Patrick CINGOLANI, Franck MAGLOIRE, Bayard, 2004, 272 p
Cet ouvrage est écrit à plusieurs voix. Une historienne, deux sociologues et un écrivain ont réuni leurs plumes autour de la même conviction : le pauvre, le démuni, celui qui n’a pas ou qui n’a plus, vit dans une non-représentation. S’il est de droit dans la société, il n’est plus de la société. Qu’on en juge : qu’ils s’appellent mendiants ou indigents, défavorisés ou précaires, sdf ou sans-abri, les mots pour les nommer ne servent qu’à les stigmatiser à
Enfermer ou éduquer? Les jeunes et la violence
Jean-Marie PETITCLERC, Dunod, 2004, 152 p.
Face à la vague sécuritaire qui monte, il ne faut pas bouder notre plaisir quand un livre vient s’inscrire à contre-courant. Celui de Jean Marie Petitclerc fait partie de ceux-là. A chaque fois que la société se fait déborder par des fractions de sa jeunesse, explique-t-il d’emblée, on voit fleurir des propositions d’enfermement des adolescents les plus turbulents. C’est là une solution d’apparence facile et séduisante qui trouve un large écho. L’expérience nous a montré que cela ne provoquait que
La prostitution adulte en Europe
Fondation Scelles, érès, 2002, 264 p.
On sait les positions en la matière tranchées. D’un côté, on trouve les réglementaristes pour qui le droit de disposer de son corps relève du droit inaliénable de tout un chacun et qui opèrent une distinction entre la prostitution contrainte et forcée et celle qui est librement choisie. S’ils sont tout à fait d’accord pour combattre la première, ils considèrent qu’il faut reconnaître la seconde comme un travail à part entière qui doit bénéficier de droits. Ils sont persuadés que dans tous les cas, c’est
Ni putes, ni soumises
Fadela AMARA, La Découverte, 2003, 156 p.
On a assisté, au cours des quinze dernières années, à un double mouvement dans les banlieues : désinvestissement des pouvoirs publics qui ont de plus en plus déserté la lutte contre les discriminations et radicalisation des garçons qui, ressassant leur rancœur et leurs échecs, ont retourné leur rage contre les filles. Ce qui était au début une simple pression est devenue une véritable oppression : les garçons se sont sentis autorisés à édicter des règles de conduite aux filles et à corriger celles qui
Polices et discriminations raciales. Le tabou français
Sophie BODY-GENDROT et Catherine WITHOL DE WENDEN, Les éditions de l’Atelier, 2003, 190 p.
Les policiers en tenue disposent depuis 1986 d’un code de déontologie. On se demande bien pourquoi, puisqu’il n’y a jamais aucun problème. C’est, du moins, ce que prétend l’administration qui a élevé au rang de culture, le déni face aux plaintes des citoyens contre certaines pratiques discriminatoires, les présumant a priori de mauvaise foi. Et pourtant, il faut parfois beaucoup de courage pour les dénoncer. La capacité des agents de la force publique