De l’enfant placé à l’enfant confié

FABRY Philippe Éd., L’Harmattan, 2022, 218 p.

Fruit d’une thèse universitaire ayant nécessité sept années de travail académique, ce livre est tout sauf ennuyeux. Il s’avère même passionnant, abordant la question du placement en protection de l’enfance sous un angle des plus stimulants.

Sa première approche est historique. L’origine de la protection des mineurs provient du nombre impressionnant des abandons dans les siècles précédents : trois millions entre 1750 et 1900, avec un pic de plus 130 000 enfants en orphelinat en 1833. Si 40 % des enfants illégitimes sont abandonnés dans la première moitié du 19ème siècle, ils ne sont plus que 4% en 1950. Progressivement, les catégories d’enfants qui les remplacent sont ceux non plus de parents absents, mais de « mauvais » parents. Il faut attendre les années 1980, pour que la perception de la place des familles change radicalement. Considérées jusque-là comme toxiques, un nouveau concept leur est appliqué : le soutien à la parentalité. La substitution laisse la place à la suppléance.

Et, c’est bien ce second angle qui fait l’objet de l’étude de Philippe Fabry : le mésusage d’un outil clinique transformé en une généralisation. Le retour en famille est devenu un incontournable rendant son impossibilité totalement inaudible. L’auteur décrit dans le détail l’approche bien différente de la Belgique ou du Québec. Nos voisins d’outre Quiévrain ont voté une loi en 1917 prévoyant le transfert de l’autorité parentale aux familles d’accueil après plus d’un an de placement. La Belle Province, quant à elle, organise même une « planification simultanée » axée tant sur un placement que sur une adoption. Un délai maximum est fixé en fonction de l’âge de l’enfant au-delà duquel sa situation doit être tranchée : soit il retourne dans sa famille, soit il est adopté.

Ces illustrations étrangères mettent en perspective les deux rôles parentaux que nos représentations hexagonales confondent allégrement : l’axe de la filiation (concevoir, mettre au monde et donner une identité) et celui de l’éducation (faire grandir l’enfant jusqu’à sa vie adulte). Dans l’immense majorité des situations parentales, elles se confondent. Pas quand il y a placement. Celles et ceux qui assument la seconde tâche se voient privés de tout droit, n’ayant aucune reconnaissance juridique de leur fonction.

La notion de « confiage » est reprise par l’auteur pour désigner ce rôle parental qui n’a rien de définitif. Un temps donné ou prolongé, l’enfant est éduqué par d’autres que ses parents. Plutôt que cette suppléance qui se prolonge sans espoir de retour ou cette substitution qui annihile la place des géniteurs, ce concept articule les adultes signifiant autour de l’enfant. C’est de la coparentalité ou de la parentalité multiple dont on parle. Le projet de vie de l’enfant devrait cultiver cette double appartenance, en soutenant à la fois ses liens d’attachement avec sa famille d’accueil et avec sa famille d’origine, quand cela est possible. Entre l’alternative à la dysparentalité et l’accompagnement de la parentalité, les professionnels ne devraient plus avoir à choisir, mais à tricoter des solutions évolutives et sur mesure.

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Laëtitia - 1 - L’affaire à travers quelques portraits
Ce qu’un éducateur peut dire, après avoir regardé la série de Jean-Xavier de Lestrade sur France 2. Deux lundis de suite (les 21 et 28 septembre), France 2 a programmé en première partie de soirée six épisodes d’une mini-série consacrée à l’affaire Laëtitia. Ce fait divers, qui remonte à janvier 2011, bouscula tant la protection de l’enfance que le système judiciaire, l’opinion publique que la classe ...
IME Marie Moreau - St Nazaire (44)
Discrimination positive ou compensation du handicap ? Proclamée « année européenne des personnes handicapées » par la Commission européenne, 2003 a aussi été consacrée  par le Premier ministre « Grande cause nationale du handicap ». Au-delà des commémorations, que propose de neuf notre société face au handicap ? Il en va des institutions comme des êtres humains : les fêtes et les anniversaires ...
Hôtel de Pen Bron - La Turballe (44)
Les personnes à mobilité réduite ont-elles droit aux vacances ? Avez-vous essayé de trouver un hôtel permettant un accueil d’un fauteuil roulant ? C’est du domaine de l’impossible. Dans l’ouest de la France, vient d’ouvrir un établissement trois étoiles, complètement aménagé pour cette clientèle. Expérience innovante ou nouveau ghetto ? Reportage. S’il est une préoccupation qui s’est largement...
Cheval et IME - Plabennec (29)
A cheval … toujours plus loin Outil de plus en plus incontournable utilisé par le monde de la rééducation pour aider face au handicap, le cheval peut aussi être un simple moyen pour goûter la vie, même quand on est atteint d’un polyhandicap. Reportage. On connaît bien les vertus de l’équithérapie. Cela fait de nombreuses années que les secteurs du soin et de la rééducation se sont emparés du ...
Le masque
« La vérité sort plus facilement de l’erreur que de la confusion » Francis Bacon  Dans la file d’attente, ce jeune-homme est le seul à ne pas porter de masque. Le commerçant lui indique l’obligation imposée par la loi de se couvrir le visage. L’impétrant traite aussitôt le vendeur de menteur, affirmant que « le décret n’a pas encore été signé ». On ne peut donc l’y contraindre. Devant ...
Solidaire du chocolat - Saint Nazaire/Progreso
Naviguer pour partager Le dimanche 11 mars était donné le coup d’envoi de la seconde édition de la Solidaire du chocolat. Une course transatlantique de plus ? Pas tout à fait, tant le partage est au coeur de cette aventure peu ordinaire. Explications. Une solitaire à la voile, une association d’aide aux SDF et des élèves de CM2. Quoi de plus improbable que d’imaginer une rencontre entre ces...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

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