Quadrature du cercle

Qu’y a-t-il de plus terrible que d’être accusé d’un délit ou d’un crime qu’on n’a pas commis ? Ici, deux ados rapportent des violences dont ils auraient été témoins dans une famille d’accueil. Là, un lieu de vie est signalé pour des actes de pédophilie qui s’y dérouleraient. Là encore, une jeune femme dénonce des viols qu’elle aurait subis de la part du mari de l’assistante familiale, dix ans auparavant. L’aide sociale à l’enfance (ASE) est alors confrontée à un choix cornélien entre le principe de précaution et la présomption d’innocence.

Le premier consiste à ne pas prendre le moindre risque de réitération des actes soupçonnés. Le retrait immédiat des enfants confiés permet alors de les mettre à distance d’une menace pesant potentiellement sur eux. S’il s’avère que les accusations étaient fondées, on ne peut que se féliciter de cette décision. Si ce n’est pas le cas, la violence induite par la réorientation brutale et l’instillation du doute infâmant qu’implique leur audition ne peut que s’avérer particulièrement destructrices. Sans parler de la violence imposée au lieu ou à la famille d’accueil salis par les reproches imputés et la rumeur qui s’ensuit « il n’y a pas de fumée sans feu ».

Le second principe est la présomption d’innocence : toute personne ne peut être déclarée coupable que lorsqu’elle a été judiciairement reconnue comme tel. Enquête et éventuellement jugement peuvent s’avérer très longs. Faut-il attendre une telle échéance pour protéger les enfants confiés ? Certes, non. Mais, que dire de ces adultes, finalement non poursuivis, mais éclaboussés par la procédure ? Et, du vécu des enfants déplacés à tort ?

Il est pourtant des élus et des ASE qui ont le courage de rétablir des professionnels injustement mis en cause dans leur fonction, avant que la justice ne s’oriente vers un classement sans suite. C’est une reconnaissance bienvenue. Mais, que de dégâts commis et de gâchis accumulé dans l’intervalle. Mais comment faire autrement ?

 

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1290 ■ 02/03/2021

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Lieu accueil Babin CHU - Nantes (44)
La consultation des femmes enceintes en difficulté de Nantes : Un lieu pour accoucher et pour abandonner S’il est bien une réalité qui n’a guère changé depuis des décennies (même si elle est largement moins fréquente), ce sont ces bébés que l’on retrouve régulièrement abandonnés sous le porche d’une église, dans un cinéma ou qui sont déposés à l’accueil des DDASS. Les progrès réalisés en matière de...
L’expérience du DAUME - St Sébastien sur Loire (44)
Original, risqué et audacieux, le DAUME relève le défi des « incasables », en y répondant avec ingéniosité. Récit d’une action menée hors des sentiers battus. C’est un foyer départemental de l’enfance, comme il en existe dans tous les départements, avec pour mission d’assurer l’accueil d’urgence, 24h sur 24 et 365 jours par an. En Loire Atlantique, cette institution qui a pris le nom de Centre ...
Un SSEFS en action
Derrière un acronyme énigmatique, une équipe parmi tant d’autres, intervenant auprès d’une déficience sans doute moins familière nous aide à mieux comprendre son travail. Madame Ripert en témoigne, la prise en charge de son fils Ewenn, n’a pas été chose facile. Entre la détection de ses troubles du langage et la notification de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), il a ...
Au clair de la rue
On parle souvent des SDF avec pitié et commisération. La chorale qu’ils ont formée à Nantes montre qu’ils peuvent tout autant provoquer du bonheur et de l’admiration. En ce samedi 4 juin, la place Royale à Nantes est le lieu choisi par Amnesty International pour fêter les 50 ans de sa création, en 1961. Parmi les groupes de musique, venus fêter gratuitement l’évènement, il en est un qui a...
CEF - Saint Denis le Thiboult (76)
Les centres fermés peuvent-ils être ouverts à l’éducatif ? Pour les uns, ils sont l’ultime chance avant la prison, pour les autres c’est un lieu de perdition pour tout éducateur qui se respecte… Loin des représentations idéologiques et des polémiques, et afin que chacun se fasse sa propre opinion,  peut-être est-il utile de savoir comment fonctionne concrètement un Centre éducatif fermé ?...
Il y a loin de la coupe aux lèvres
La participation implique de s’engager, mais aussi d’en évaluer les effets induits. La sociologue américaine Sherry Arnstein a conçu en 1969 une échelle permettant de mesurer le degré d’association véritable des citoyens aux décisions. Le niveau le plus bas (n°1) relève d’une pure manipulation faisant croire qu’on écoute leurs avis, alors que ceux-ci n’auront aucune influence réelle sur les ...


Mes livres


En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


SE PROCURER LE LIVRE




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration


En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 

« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

Retrouvez les sites

du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
et de mon collègue et ami Didier Dubasque : www.dubasque.org