Proximité ou éloignement ?

Corinne, âgée aujourd’hui de 26 ans, croise son ancien éducateur au marché. « Que deviens-tu ? » Responsable d’une équipe de vingt-six salariés, elle est fière de sa réussite. « Et que devient ta mère ? » Elle a rompu toute relation avec elle, rajoutant qu’elle a vraiment perdu son temps à chercher à garder le contact. Elle explique aller voir très souvent sa famille d’accueil, sans qui la carence parentale dont elle fut victime aurait pu s’avérer destructrice.

Steeve, âgé aujourd’hui de 26 ans croise son ancien éducateur à l’entrée d’un supermarché où il exerce comme agent de sécurité. « Que deviens-tu ? » Il est bien dans son travail, dans son appartement, dans sa vie. Steeve est né d’une relation incestueuse de son grand-père avec sa mère. En sortant de prison, son géniteur s’est remis en ménage avec sa fille. « Et que devient ta mère ? ». Il a rompu toute relation avec sa famille et se sent tellement mieux depuis. Son regret ? De ne s’être pas éloigné assez tôt de ses parents dit-il. C’est sa famille d’accueil qui l’a sauvé, continue-t-il. Il lui rend visite régulièrement.

Loïc, âgé aujourd’hui de 30 ans, croise son ancien éducateur dans une file d’attente de cinéma. « Que deviens-tu ? ». Il travaille comme aide-soignant et vit dans sa maison. « Et que devient ta mère ? ». Loïc avait rompu avec elle dès ses 17 ans, décrétant à la fin d’un week-end passé auprès d’elle qu’il n’y retournerait jamais plus. Il voulait se protéger de sa folie. Il a tenu son engagement. Il reste très proche de sa famille d’accueil qui l’a pris en charge alors qu’il avait deux ans.

Le dogme du maintien des liens à tout prix explose parfois, quand les mineurs sont libérés des contraintes du jugement qui impose ces relations. Faut-il le regretter ou s’en réjouir ? Ni l’un, ni l’autre. Juste agir au cas par cas et arrêter d’asséner des vérités qui se perpétuent, même quand la réalité les dément. Reste à faire les bons choix. Ce qui n’est pas le plus facile.

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1292 ■ 30/03/2021

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Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

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