La folie n’est pas toujours où l’on croit

« Bonjour Monsieur, je voulais vous prévenir, il y a un client qui crie beaucoup dans les rayons. Il ne faut pas vous en inquiéter. Il a des problèmes mentaux. Nous le connaissons bien. Il vient régulièrement. Il n’est pas méchant du tout. Il faut juste ne pas lui répondre. » L’employée de cette supérette fait preuve d’une admirable bienveillance face à la différence. Dans d’autres magasins, un agent de sécurité aurait sorti l’individu manu militari ou aurait appelé la police, soucieux de faire cesser le scandale et de ne pas déranger les autres clients. C’est vrai qu’il est loin le temps où l’on trouvait dans les campagnes ces « idiots du village » intégrés à la communauté. Le terme devint très vite une insulte (comme beaucoup de qualifications psychiatriques), utilisée pour se moquer et mépriser. Mais, souvent, ils étaient protégés par une certaine solidarité collective. On trouvait toujours une tâche à leur confier. Et puis, ils ont disparu de la scène publique, enfermés dans des maisons pour fous. A partir des années 1960/1970, un vent de réforme a soufflé, articulé autour de deux préoccupations. La première, d’inspiration humaniste, consistait à en finir avec les lieux d’enfermement. La seconde visait à en réduire le coût budgétaire. Près de 26 000 lits de psychiatrie adultes furent fermés entre 1993 et 2018, sans que ne soient ouverts parallèlement des places d’hôpital de jour, de CMP ou CATTP permettant de réintégrer la maladie mentale à la société. Ce qui aurait dû se faire pour ce monsieur vociférant ? Contacter un service ambulatoire qui aurait détaché un infirmier pour l’accompagner faire ses courses. Pure fiction ! La psychiatrie est sabordée depuis trente ans. Ce monsieur finira dans la rue (30 à 50% des SDF sont atteints de graves maladies psychiques) ou en prison (80 % des détenus en souffrent). Les égarements de notre société ne seraient-ils pas encore pires que ceux de ce monsieur ? Poser la question, c’est y répondre !

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1300 ■ 07/09/2021

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Bon Pasteur: du refuge à l’enfer
Dans la lignée de Saint Vincent de Paul, beaucoup de congrégations religieuses se sont données pour objectif de venir en aide aux enfants en danger. L’ordre de notre dame de la charité, plus connue sous le nom du Bon Pasteur fut, au XXème siècle, l’une des principales institutions à accueillir des filles et des adolescentes en difficulté. La publication d’un recueil de témoignages d’anciennes...
Bataclowns - Fou du roi ou roi des fous?
Une drôle de troupe sillonne la France des congrès, provoquant autant l’hilarité que la réflexion : ce sont les Bataclowns. Les 2 et 3 avril 1992, Lien social organisait à Toulouse les États généraux des éducateurs. Claude Evin, ministre de la solidarité jusqu’au 15 mai précédent, monte à la tribune. Il se fait copieusement chahuter. Ne se démontant pas, l’ancien éducateur spécialisée longtemps ...
Gardet Mathias - AS/ES
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Accueil IME Val de Sèvre - Vertou (44)
Concevoir un livret d’accueil L’exemple de l’IME du Val de Sèvre Comment les institutions médico-sociales peuvent-elles présenter leurs activités aux usagers et à leurs familles ? Cette question n’arrive pas n’importe quand. Elle est posée à un moment où l’idée de partenariat s’impose. Un IME a conçu un livret d’accueil en collaboration avec le personnel et les parents. Explications Le secteur...
CAT de l’Iroise et Galvelpor - Brest (29)
Quand l’utopie devient réalité 5 février 1999 : près de deux cents invités se sont retrouvés en présence de Marylise Lebranchu, secrétaire d’Etat des petites et moyennes entreprises, au commerce et à l’artisanat pour fêter le dixième anniversaire d’un partenariat des plus singulier : l’intégration de 15 adultes handicapés mentaux au sein d’une entreprise. Occasion de montrer que “ ça marche ” et d’inciter...
Itinéraire découverte 2 - Espagne
Croisière trans-ibérique - Second bulletin d’information Résumé de l’épisode précédent (voir Lien Social n°504). Anabelle Delfosse a conçu un projet fou : faire traverser à pied l’Espagne, du sud au nord, en neuf mois, un groupe d’une dizaine d’adolescent(e)s en grande difficulté, à raison de trois semaines de marche et une semaine dans un camp de base différent à chaque étape. Le jour du départ le 19 ...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

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