Un mort de trop

Le 19 février 2021 restera dans les mémoires comme un jour maudit : celui où un travailleur social du centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé à Pau, a été poignardé à mort par un migrant en voie d'expulsion. Cette date rejoindra celle du 19 mars 2015, quand Jacques Gasztowtt, éducateur spécialisé à Nantes, avait subi le même sort, en voulant protéger une mère de famille contre un mari violent. La première réaction ne peut être que le recueillement et la réserve face à un meurtre qui a frappé l’un d’entre ceux qui se tiennent aux côtés des plus fragiles. Mais, la colère monte aussitôt. Combien d’entre nous, nous nous sommes dit : « serai-je le suivant sur la liste ? » Est-ce que ce sera cette assistante sociale impuissante face à une mère et ses deux enfants en bas âge retournant à la rue sans qu’elle ait pu leur trouver un logement ? Doit-elle prendre au sérieux la menace de cette femme désespérée de lui faire la peau et de tuer ensuite ses mômes avant de suicider ? Ou cet éducateur spécialisé que ce père a menacé de mort, s’il mettait à exécution la mesure de placement décidée par le juge et non concrétisée jusque-là par manque de place. Doit-il se protéger en premier, en refusant d’aller rencontrer l’enfant chez lui ou prendre le risque ? Ou encore ce moniteur éducateur d’un foyer de vie aux prises avec un résident qui n’a pu être admis en psychiatrie par manque de place et qui détruit tout autour de lui ? Si rien ne peut excuser les agressions commises contre des travailleurs sociaux, il faut aller chercher la responsabilité du côté de ces autorités politiques et administratives qui font le choix, depuis trente ans, de réduire la portée d’une action sociale sensée accompagner la dégradation des conditions de vie et la montée de l’exclusion dont leurs politiques sont directement la cause. Il y a un paradoxe, parfois mortel, à demander aux professionnels de répondre aux situations les plus complexes, tout en les privant des moyens pour y parvenir.

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1291 ■ 16/03/2021

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
25 de combat pour la dignité - Nantes (44)
Il arrive parfois que le pire des accidents de vie se transforme en une impressionnante démonstration d’humanité. Illustration avec Maryannick et Joël Pavageau. Il y a 25 ans, alors âgée de 29 ans, Maryannick Pavageau a basculé en dix minutes de la parfaite santé à la dépendance totale. Conseillère juridique et conseillère conjugale au centre d’information féminin et familial à Nantes, un accident...
Start’air - jeunes
Start’air - jeunes : une opération - prévention - été a l’oeuvre ! L’histoire  de  START’AIR est une histoire assez exemplaire qui montre comment municipalités, associations et professionnels du social peuvent se combiner dans une synergie aboutissant à un dispositif à la fois souple et efficace. Plantons d’abord le décor: cela commence en 1990 près de St Nazaire à l’embouchure de la Loire. Quatre...
ESAT / OTOS (13)
Reconnaître les savoirs faire professionnels des ouvriers handicapés des ESAT. Proposer une offre de formation adaptée aux modes d’apprentissage différents et variés d’un public porteur de handicap : telle est l’ambition d’OTOS, une association émanant d’un groupe d’ESAT. Depuis 1965, les Établissements et services d’aide par le travail (encore appelés, alors, Centres d’aide par le travail) du ...
Le droit d’asile en question
En 2018, la France a reçu 122.743 demandes d’asile. Elle l’a accordée à 24.663 candidats, soit une proportion d’une demande sur cinq. La gestion de ces sollicitations devrait faire une large place à la dimension humaine des situations présentées. On en est loin. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer le sort des 800 auxiliaires recrutés par l’armée française pour servir d’interprète, lors de ...
Hôtel de Pen Bron - La Turballe (44)
Les personnes à mobilité réduite ont-elles droit aux vacances ? Avez-vous essayé de trouver un hôtel permettant un accueil d’un fauteuil roulant ? C’est du domaine de l’impossible. Dans l’ouest de la France, vient d’ouvrir un établissement trois étoiles, complètement aménagé pour cette clientèle. Expérience innovante ou nouveau ghetto ? Reportage. S’il est une préoccupation qui s’est largement...
EMEA : mode d’emploi
Aller vers celui qui n’attend rien - Quand l’absence de demande n’est plus un obstacle Comment aider ceux qui ne font aucune demande ? Les psychologues ont longtemps considéré que c’était impossible. Se portant au-devant des adolescents en souffrance, une équipe mobile démontre le contraire. Nathan a attendu trois mois avant d’être reçu au Centre médico-psychologique. Refermé sur lui-même, comme miné ...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

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du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
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