Congruence contre compétition

Depuis l’épisode « #Me-too », une vague parcourt le monde : celle de la révolte des femmes contre l’oppression patriarcale. Ce combat est légitime. Bien sûr, il n’évite pas les outrances comme celles consistant à renoncer aux œuvres d’art produites par des hommes. Mais, il serait hypocrite d’instrumentaliser les réactions exacerbées par une parole trop longtemps bâillonnée, pour relativiser ou minimer le quotidien traumatique de tant de femmes. Dénoncer ces prédateurs pour qui le corps de l’autre n’est qu’un morceau de viande est essentiel. Mais, il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. Car, c’est bien l’éducation à la loi du plus fort qui mène à la phallocratie : celle qui convainc l’enfant de la nécessité d’être du côté des vainqueurs, des dominants et des conquérants ; celle qui charrie ces représentations de genre attribuant à l’homme des « qualités » viriles d’agressivité, d’audace et la force, quand la femme serait naturellement dotée de réserve, d’altruisme et de soumission. Combien de garçons m’ont affirmé qu’ils préféraient dominer que de l’être (leur terminologie étant bien plus crue !). Quand je les interrogeais sur la nature de notre relation duelle marquée par le respect et la bienveillance réciproques, leur réponse fusait « ce n’est pas pareil : toi, tu es mon éducateur ». Une oasis d’empathie apaisante et sécurisée, avant de retrouver le monde de la compétition, aussitôt notre échange terminé. Comment les relations homme/femme pourront-elles se modifier, tant qu’on en restera à ces représentations culturelles ? Si l’enjeu semble insurmontable, il n’est pas si inaccessible qu’on peut l’imaginer au premier abord. Peut-être devrions-nous nous inspirer du Danemark où l’enseignement de l’empathie est obligatoire auprès des enfants de 6 à 16 ans, à raison d’une heure par semaine. Développer la capacité à comprendre ce que ressent l’autre, au lieu de chercher à le surpasser : et si on commençait tout simplement par ça ?

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1290 ■ 02/03/2021

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Duques-Delacoult Charlyne - La littérature jeunesse
dans Interviews
La littérature jeunesse au service du travail social Quand on est éducatrice, on sait comment parler aux enfants. Mais réussir à écrire des livres pour eux n’est pas forcément facile. Pari réussi pour Charlyne Duques-Delacoult qui s’y est essayé avec succès. Quel est votre parcours professionnel ? J’ai obtenu mon diplôme d’éducatrice spécialisée en 2015. J’ai ensuite travaillé en foyer d’accueil ...
Sillage Journal de bord
Lundi 22 avril: Le groupe qui avait fait en partie connaissance lors de l’après-midi de présentation du bateau se retrouve à pied d’oeuvre. Derniers préparatifs avant le départ: on charge les affaires en les calant bien après s’être réparti dans les cabines. Alain, le skipper rappelle les consignes de navigation et de sécurité. Sous les sourires percent les inquiétudes des uns (« et si quelqu’un tombe ...
Prévention spécialisée - Ragon (44)
La prévention spécialisée en acte : l’exemple du quartier du Ragon Elle agit d’une façon très souvent discrète et le résultat de son action n’est pas toujours quantifiable. Et pourtant, la prévention spécialisée joue un rôle essentiel dans la préservation et le développement du lien social. Reportage. Nous sommes en début de l’année 2004, dans l’agglomération nantaise et plus particulièrement...
Fracchiolla Béatrice - Les insultes
dans Interviews
Béatrice Fracchiolla est professeure de langage à l’Université de Lorraine et membre du laboratoire EA 3476 du CREM En tant que linguiste, Béatrice Fracchiolla est forcément attentive à ce que veulent dire exactement les mots. Mais, son analyse n’est pas que sémantique. Son regard porte aussi sur les mutations contemporaines de la communication et les effets pervers induits quant aux modalités...
Animateur en fauteuil roulant - Nantes (44)
Comme sur des roulettes Un animateur en fauteuil roulant peut-il s’occuper d’un groupe d’enfants valides ? Le sens commun fait douter de cette possibilité. Et pourtant … Nous sommes au sixième et dernier jour d’un stage approfondissement Bafa. Les stagiaires sont invités par petit groupe à s’auto-évaluer, avant de recevoir  l’évaluation de leurs pairs et de connaître ensuite l’avis des ...
Albert-Cabalion-Cohen : La radicalisation
dans Interviews
Comment maintenir le lien ? Alex Alber, Joël Cabalion et Valérie Cohen sont sociologues et maîtres de conférences à l’université de Tours En juin 2016, ouvre le CPIC (1) Pontourny, véritable laboratoire de lutte contre la radicalisation. Sa fermeture à la mi-février 2017 signa la faillite d’une expérience qui a vu s’opposer deux visions du travail relationnel. Trois sociologues en ont tiré des ...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


SE PROCURER LE LIVRE


« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

Retrouvez les sites

du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
et de mon collègue et ami Didier Dubasque : www.dubasque.org