Congruence contre compétition

Depuis l’épisode « #Me-too », une vague parcourt le monde : celle de la révolte des femmes contre l’oppression patriarcale. Ce combat est légitime. Bien sûr, il n’évite pas les outrances comme celles consistant à renoncer aux œuvres d’art produites par des hommes. Mais, il serait hypocrite d’instrumentaliser les réactions exacerbées par une parole trop longtemps bâillonnée, pour relativiser ou minimer le quotidien traumatique de tant de femmes. Dénoncer ces prédateurs pour qui le corps de l’autre n’est qu’un morceau de viande est essentiel. Mais, il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt. Car, c’est bien l’éducation à la loi du plus fort qui mène à la phallocratie : celle qui convainc l’enfant de la nécessité d’être du côté des vainqueurs, des dominants et des conquérants ; celle qui charrie ces représentations de genre attribuant à l’homme des « qualités » viriles d’agressivité, d’audace et la force, quand la femme serait naturellement dotée de réserve, d’altruisme et de soumission. Combien de garçons m’ont affirmé qu’ils préféraient dominer que de l’être (leur terminologie étant bien plus crue !). Quand je les interrogeais sur la nature de notre relation duelle marquée par le respect et la bienveillance réciproques, leur réponse fusait « ce n’est pas pareil : toi, tu es mon éducateur ». Une oasis d’empathie apaisante et sécurisée, avant de retrouver le monde de la compétition, aussitôt notre échange terminé. Comment les relations homme/femme pourront-elles se modifier, tant qu’on en restera à ces représentations culturelles ? Si l’enjeu semble insurmontable, il n’est pas si inaccessible qu’on peut l’imaginer au premier abord. Peut-être devrions-nous nous inspirer du Danemark où l’enseignement de l’empathie est obligatoire auprès des enfants de 6 à 16 ans, à raison d’une heure par semaine. Développer la capacité à comprendre ce que ressent l’autre, au lieu de chercher à le surpasser : et si on commençait tout simplement par ça ?

Jacques Trémintin – LIEN SOCIAL ■ n°1290 ■ 02/03/2021

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Se régénérer par l’écriture
Comment cette écriture tant redoutée du professionnel face à la première page blanche du rapport qu’il doit rédiger peut-elle devenir libératrice ? Mode d’emploi. Qui prend soin des professionnels qui prennent soin des usagers ? Les travailleurs sociaux ne sont pas des machines à fournir de l’aide. La prise en compte de tous les malheurs du monde, cela use. Il suffit pour s’en convaincre de...
Gardet Mathias - AS/ES
dans Interviews
Rapprochement AS-Educ : ce que l’histoire nous apprend Faut-il un travailleur social unique et un tronc commun de formation ? Ce questionnement n’est pas récent. Il y a cinquante ans déjà, il a mobilisé les professionnels. Où en est le travail social en 1967 ?Ce qu’il y a de notable tout au long des années 1960, c’est l’affirmation de plus en plus forte des éducateurs spécialisés. Après-guerre, ils intervenaient...
La souffrance d’une victime
dans Articles
Il est des témoignages que l’on doit accueillir avec humilité et respect. Celui de Bruno Questel en fait partie. D’une voix hésitante, le visage ravagé par la souffrance, son émotion risquant à tout moment de le submerger, il se refuse à détailler ce qu’il a subi à 11 ans de la part d’un ami de ses parents. Il a voulu à 40 ans de distance parler « pour toutes celles et tous ceux qui subissent ». S'il a ...
L’exception qui confirme la règle
dans Articles
L’UNICEF- France est une association admirable, luttant depuis longtemps pour les droits humains en général et les droits de l’enfant en particulier. En cela, il faut lui rendre hommage. Mais cela ne doit pas interdire de critiquer certaines de ses prises de position, à l’image de sa charte additionnelle pour la protection de l’enfance. J’avais déjà eu l’occasion de m’offusquer, en prenant...
SEPIA (22)
Quand éducatif et soins marchent de concert En Bretagne, une équipe du Conseil départemental démontre qu’il est possible de travailler en réseau auprès des situations les plus en difficulté sur le plan psychique. L’année 2003 fut marquée dans les Côtes d’Armor par la fermeture de lits en hôpital spécialisé, venant aggraver encore la carence de places en établissements médicaux sociaux (IME, IMPRO, ITEP, ...
Le cabinet des horreurs
dans Articles
Dans l’édition du numéro 1295 de Lien Social, Fabienne Padovani, vice-présidente enfance et familles du Conseil département de Loire Atlantique expliquait combien la convention signée avec l’Etat avait permis d’améliorer le dispositif de protection de l’enfance. Ayant bien volontiers donné la parole à cette élue, il semblait légitime d’en faire de même avec les agents placés sous son autorité. Justement, à ...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


SE PROCURER LE LIVRE


« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

Retrouvez les sites

du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
et de mon collègue et ami Didier Dubasque : www.dubasque.org