Livres
Imparfaits, libres et heureux. Pratiques de l’estime de soi
ANDRE Christophe, Odile Jacob, 2006, 470 p.
Il est fréquent d’entendre dénoncer dans notre société la dictature du culte du moi qui viendrait écraser les valeurs altruistes. Bien sûr, nous sommes boursouflés de bien mauvaises nourritures : la performance, l’abondance, le culte de l’apparence. Pour autant, défend Christophe André, pour être moins obsédé par sa personne, le meilleur moyen est encore de mieux s’en occuper. Et si on ne le fait pas soi-même qui le fera à notre place ? Il convient donc non de penser moins à soi, mais d’y penser
La tyrannie de la pénitence. Essai sur le masochisme occidental
Pascal BRUCKNER, Grasset et Fasquelle, 2006, 259 p.
Le « devoir de mémoire » tout comme la « repentance » sont devenus au cours des dernières décennies quasiment incontournables : il ne serait pas concevable de continuer à vivre autrement qu’avec la tête couverte de cendres ! Dans cet essai polémique, Pascal Bruckner revisite ces concepts, sans craindre de faire grincer bien des dents. Chacun y trouvera de quoi s’irriter ou se conforter dans ses convictions. Reste la dénonciation d’une idéologie laïque qui a remis au goût du jour la vieille
L’empire du traumatisme: enquête sur la condition de victime
Didier FASSIN, Richard RECHTMAN, Flammarion, 2007, 453 p.
Il n’est pas d’évènements catastrophiques majeurs sans que ne soient dépêchées sur place des équipes de psys. Cette prise en compte des victimes, pour légitime qu’elle soit, n’a pourtant rien de naturel. La reconnaissance du traumatisme psychique est tout à fait récente. Son identification a tout d’abord fait l’objet d’une incrimination du sujet. Ce n’est pas tant l’évènement qui était ciblé que la fragilité de la personne qui, du fait même de sa personnalité, de ses faiblesses et de
L’état des inégalités en France 2007
Observatoire des inégalités, Belin, 2006, 253 p.
On en parle souvent, on les constate quotidiennement, on propose de les combattre… il en manquait juste une vision synthétique : c’est ce que nous propose cet ouvrage. Certes, « les Français vivent mieux qu’il y a cinquante ans. Le développement de la société de consommation a conduit à une homogénéisation partielle des modes de vie » (p.51). Il n’empêche que l’écart entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches va de 1 à 4, les 10% les plus fortunés détenant 46% de la richesse du
France invisible
Sous la direction de Stéphane BEAUD, Joseph CONFAVREUX, Jade LINDGAARD, La Découverte, 2006
Le refus de se montrer relève du droit inaliénable au secret sur sa vie privée et à une part d’ombre sur son intimité. Pour autant, un mécanisme d’invisibilité non choisi frappe toute une partie de notre société, avec pour corollaire, une absence de prise en compte ainsi qu’une surexposition tant à la violation des droits qu’à l’arbitraire des autorités. Tout se passe comme si une problématique sociale ne devient observable qu’à compter du moment où
Mélodrame et mélo-dit de la séparation. De l’enfant objet des dysfonctionnements de sa famille à l’enfant objet des idéologies institutionnelles
Denise BASS et Marina STEPANOFF, Erès, 2007
Recueil des actes des journées du Grape tenues en 2006 à Nantes, l’ouvrage illustre le paradoxe de notre société qui érige la protection de l’enfant en exigence absolue, tout en ne supportant pas de priver les familles défaillantes de leurs droits sur lui. La législation se refuse à stigmatiser les parents et cherche à objectiver la situation de danger à laquelle il est confronté. En excluant systématiquement toute référence à la faute parentale, l’assistance éducative considère qu’il est toujours
Pourquoi on nous a séparés. Récits de vie croisés : des enfants placés, des parents et des professionnels
Christine ABELX-EBER, Erès, 2006
En donnant longuement la parole à deux mères d’enfants placés particulièrement aigries par leur vécu, le risque était d’objectiver leurs rancoeurs contre les travailleurs sociaux. Christine Abelx-Eber a su traiter avec intelligence et finesse la question de la séparation, en sachant éviter les généralisations hâtives. Elle rappelle que l’une des dérives de la protection de l’enfance est cette confusion entre maintien des liens avec la famille et maintien auprès de parents nocifs et dangereux. Elle évoque aussi
Emploi : éloge de la stabilité. L’Etat social contre la flexibilité
Christophe RAMAUX, Mille et une nuits, 2006, 320 p.
Voilà un ouvrage à surtout mettre dans toutes les mains, à lire, à relire et à faire lire. L’auteur y propose une argumentation économique anti-libérale, claire, cohérente qui a le mérite d’être didactique et pédagogique. Que nous explique Christophe Ramaux ? Les thèses défendant l’idée d’une flexisécurité ou sécurisation des parcours ou des trajectoires professionnelles s’appuient sur l’hypothèse d’une précarisation massive du travail. Or, rien de plus faux que cette idée largement
Chômage, des secrets bien gardés. La vérité sur l’ANPE
Fabienne BRUTUS, Jean-Claude GAWSEWITCH éditeur, 2006, 271 p.
L’ANPE n’a été épargnée ni par l’explosion du nombre des chômeurs, ni par la dérive libérale. L’auteur, elle-même conseillère de l’agence, nous fait ici un récit guère rassurant de cette évolution. Désarmée face à la montée de la précarité, cette institution semble surtout préoccupée par le souci de contenir des chiffres qui doivent rester là où on leur demande de rester. Ainsi, de l’échelle conçue initialement pour tenir compte des fluctuations saisonnières. Seules sont
Les défis de l’évaluation en action sociale et médico-sociale
Sous la direction de Brigitte BOUQUET, Marcel JAEGGER et Ivan SAINSAULIEU, Dunod, 2007, 286 p.
C’est justement parce que la demande d’évaluation a envahi tous les secteurs de la société qu’il ne faut pas accepter ce concept comme allant de soi et qu’il est important de le questionner. C’est ce que font ici seize auteurs, avec un grand bonheur. Quelle définition peut-on donner à ce terme ? Il en existe une pléthore : 132 selon un calcul effectué en 1986 ! L’évaluation peut être sommative (s’intéressant alors aux seuls résultats), formative