Quand la culpabilité rend aveugle

Le travail social d’aujourd’hui a hérité d’un passé pas toujours reluisant. Parmi les fantômes qui hantent nos professions, il y a ces pratiques eugéniques de stérilisation des jeunes filles porteuses d’un handicap. Comme on ne les considérait pas alors en capacité de faire face à la parentalité, on faisait pratiquer une ligature des trompes, sans qu’elles ne soient ni consultées, ni même informées de la nature de l’intervention chirurgicale. Cette atteinte insupportable aux droits humains assimile la personne à un simple objet dont on peut disposer. Mais n’a-t-on pas tendance aujourd’hui à tordre le bâton dans le sens inverse ? Car, s’il existe des parents porteurs d’invalidité qui se comportent parfois mieux que leurs congénères valides, on peut aussi considérer que certaines déficiences mentales vont rendre particulièrement délicate l’éducation d’un enfant. J’ai le souvenir d’un colloque professionnel où bien des beaux esprits dissertaient généreusement sur la nécessaire liberté dont devaient disposer les personnes différentes. Une mère courage prit alors la parole pour expliquer comment sa fille avait mené sa vie sexuelle jusqu’à l’enfantement. Totalement incapable de gérer son bébé, celui-ci avait été placé. Elle ne le voyait qu’en visite protégée. Et de s’interroger sur le destin d’un enfant mis au monde dans ces conditions. Grand froid dans l’assistance. Les travaux reprirent très vite, en considérant sans doute cette mère comme trop fusionnelle et intrusive dans la vie de sa fille. S’il est légitime de combattre le rejet par principe de toute parentalité chez un adulte qu’il ait ou non un handicap, il l’est tout autant de s’interroger sur le droit inconditionnel « à l’enfant ». Alors que, dans le même temps, on pose des exigences aux couples candidats à l’adoption, faut-il, au nom d’un terrible passé, s’interdire d’interroger le potentiel parental de personnes ayant elles-mêmes le plus grand mal à gérer leur propre autonomie ?

 

Jacques TrémintinLIEN SOCIAL ■ n°1295 ■ 11/05/2021

A chacun de vos passages sur la page d'accueil, un choix aléatoire de textes archivés s’affiche :
Citoyenneté IME Val de Sèvre - Vertou (44)
L’accès à la citoyenneté par la parole A l’IME du val de Sèvre, à Vertou (au sud de Nantes), on n’a pas attendu le dixième anniversaire de la Convention Internationale, commémorée le 20 novembre 1999, pour s’intéresser aux droits de l’enfant. Dès l’année 1990, un groupe de professionnels s’est attaché à sensibiliser l’institution à cette question. Information, utilisation du support tant théâtral, ...
Consultation professionnelle anonyme - 49
S.O.S. Professionnels en difficulté La confrontation aux situations de maltraitance est toujours une épreuve difficile. Que faire quand médecin, professeur, travailleuse familiale, travailleur social …on est confronté à la nécessité d’un signalement et qu’on hésite, qu’on se pose des questions, qu’on a peur d’agir et encore plus de ne rien faire ? Pour celles et ceux qui travaillent en ...
Les SDF ont aussi le droit à la retraite - Maison de la veille sociale (44)
Un SDF vieillissant admis en maison de retraite ? Une idée saugrenue pour les uns, séduisante pour les autres. Comment ce projet a-t-il pu devenir réalité ? Explications sur une expérience unique en France. Nombre de personnes se rapprochant de l’âge de la retraite ou l’ayant dépassé restent à la rue ou se maintiennent dans les centres d’hébergement d’urgence ou dans les Centres d’hébergement et de...
L'innovation de l'IME de Blain
Le handicap face à l'intime, l'affectif et la sexualité Si l'éducation à la sexualité des publics porteurs de handicap n'est plus un tabou, il y a loin de la coupe aux lèvres. Un petit IME a franchi le pas d'une manière particulièrement originale. L'occasion d'aller y voir de plus près.   A 17 ans, Laurine atteinte de trisomie 21, rencontre bien des difficultés pour communiquer. Il faut parfois ...
Guelamine Faïza - Terrorisme
dans Interviews
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La contention en éducation spécialisée
Atteinte à la liberté ou protection ? Si la possibilité de contention en psychiatrie a récemment été reconnue par la loi, il n’en va pas de même pour le secteur socio-éducatif qui ne bénéficie que de préconisations éthiques. État des lieux.  L’audience dans le bureau du juge des enfants avait bien débuté. L’adolescent était calmement assis à côté de sa mère. Un moment de frustration insupportable...


Mes livres

En mars 2023, j’ai publié aux éditions érès « Fragments de vie d’un référent ASE ». J’y décrivais, à travers 157 vignettes, le quotidien d’un professionnel de cette administration en charge dans notre pays de la protection de l’enfance 




En septembre 2024, j’ai publié aux éditions EHESP « 100 idées reçues sur l’Aide sociale à l’enfance ». Je tentais de répondre à des idées reçues, des préjugés et des contre-vérités ambiantes portant sur cette administration



En décembre 2025, je publie chez Chronique sociale « 50 nuances d’enfants en danger ». Je me lance dans de pures fictions, inspirées par ma pratique professionnelle, dans lesquelles je décris des idéal-types des situations les plus fréquentes rencontrées en protection de l’enfance. Je mets en scène un(e) mineur(e) ou jeune accompagné(e) est son accompagnateur ou accompagnatrice, chacun(e) décrivant de sa place la situation vécue. Il s’agit bien de propos imaginés, ils sont réalistes avec des personnages inventés mais crédibles.


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« Bienvenue sur le site de Jacques Trémintin, travailleur social qui n’a cessé d’écrire. Référent à l’aide sociale à l’enfance de 1992 à 2020, partie prenante de Lien Social de 1995 à 2023, contributeur au Journal du droit des jeunes de 1995 à 2017, pigiste dans le Journal de l’animation depuis 1999… l’accompagnement des enfants et familles, le maniement de la plume ou du clavier, l’animation de colloques ou de formations répondent au même plaisir de transmettre. Ce que fait aussi ce site, dont le contenu est à libre disposition à une seule condition : savoir garder son esprit critique et ne rien considérer d'emblée comme vrai ! »

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du Journal de l’animation : www.jdanimation.fr
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